Procès des Khmers Rouges Kampot by Cleho
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lundi 24 août 2015

Ce lundi 24 août a lieu à Païlin la crémation de Ieng Thirith. Pour revenir sur le parcours de l’ancienne ministre des Affaires sociales du Kampuchea démocratique, je vous propose de (re)découvrir ses propos, tenus lors d’entretiens, de discours…. En somme c’est du Ieng Thirith dans le texte. Cet article en chantier s’ouvre sur l’année 1980. Il s’étoffera au fil de mes recherches. Son principe : date, citation, source.

Ieng Thirith dans Kampuchea mort et renaissance. (DR)

Ieng Thirith dans Kampuchea mort et renaissance. (DR)

1980

Entretien filmé.

 

« Je suis Madame Ieng Thirith, ministre des Affaires sociales du gouvernement du Kampuchea démocratique. Vous savez que les Etats-Unis au départ ont agressé notre pays. Mais maintenant qu’ils sont en faveur de notre indépendance, nous considérons les Etats-Unis comme notre ami.

Je pense que tout le monde est conscient, partout dans le monde, que la famine a été délibérément créée par les agresseurs vietnamiens dans l’idée de briser notre résistance. Les Vietnamiens ont pillé toutes nos maisons, toutes nos récoltes et ils ont même été jusqu’à brûler les cultures dans nos rizières parce qu’à cette époque c’était la saison des récoltes. Ainsi ils ont coupé nos approvisionnements en nourriture, comme ça, et maintenant ils utilisent la famine comme une arme dans le but d’exterminer notre peuple. Nous avions réussi à donner à notre peuple assez de nourriture, assez de vêtements et des soins de santé gratuits pour tout le monde. Dans les régions provisoirement contrôlées par les Vietnamiens, ils interdisaient… il était interdit à notre peuple de sortir pour cultiver du riz, des légumes. Ils n’avaient même pas l’autorisation de chercher des légumes sauvages ou du manioc pour manger. Ils n’étaient même pas autorisés à avoir un couteau parce que les Vietnamiens ont tellement peur de notre peuple qu’ils ne les y autorisent pas. Et ils ont coupé les approvisionnements en nourriture et en sel. Alors dans les régions provisoirement contrôlées par les Vietnamiens, les gens sont confinés dans des lieux circonscrits, soit en ville soit dans la campagne et ils sont condamnés à mourir de faim.

Nous avons arrêté les agents de la cinquième colonne vietnamienne successivement de 1975 jusqu’à mai 1978. C’est en mai 1978 que nous avons brisé la cinquième colonne vietnamienne en arrêtant les têtes de cette cinquième colonne.

A propos des images, vous savez que les Vietnamiens sont très sournois. Ils montent n’importe quoi, ils ne respectent rien, dans le but de légaliser l’agression. J’admets, comme je vous l’ai dit, qu’il y a eu des excès, mais ces excès ont été ordonnés depuis Hanoi. Les autorités de Hanoi ont un double visage. D’un côté elles ordonnent à leurs agents de commettre des excès dans notre pays et d’un autre côté, elles prennent ces excès pour les gonfler en standards systématiques de propagande contre notre gouvernement de manière à ce qu’une fois qu’ils ont agressé notre pays, l’opinion publique internationale soit déjà mobilisée contre nous, légalise l’agression, les soutienne, légalise l’agression en disant : “très bien, ces Vietnamiens ne sont pas des agresseurs. Ils sont les libérateurs du peuple cambodgien qui est victime de son propre gouvernement.”

Apparemment questionnée sur le sort des intellectuels, Ieng Thirith répond : « C’est de la propagande vietnamienne. Je vous ai dit que je ne nie pas que nous avons évacué toute la population de Phnom Penh vers les campagnes, y compris les intellectuels, y compris ma propre famille, y compris ma mère, ma sœur. Ma sœur est docteur en droit. C’est aussi une intellectuelle. Et vous voyez les agents vietnamiens ont tués ma sœur qui est docteur en droit. Vous ne pouvez pas dire que moi-même j’ai tué ma sœur ! C’est impossible. Donc ils ont ordonné à leurs agents de le faire, de tuer les intellectuels parce que les intellectuels sont très patriotes, indépendants. Ils sont les défenseurs de l’indépendance du pays contre la domination vietnamienne. Et si eux-mêmes commettent ces crimes, ils font de la propagande sur la scène internationale en disant que c’est notre gouvernement qui a commis ces crimes.

Vous n’éliminez jamais les intell…, intell… (elle butte deux fois sur le mot en anglais) l’intelligentsia parce que tous les membres du gouvernement sont membres de l’intelligentsia. Par exemple moi-même je suis une intellectuelle. J’ai fait mes études à Paris. J’ai fait mes études en particulier à la Sorbonne à Paris. Alors ce n’est pas vrai que nous avons posé comme notre objectif d’éliminer les intellectuels parce que nous voulons des intellectuels, nous avons besoin des intellectuels parce que les intellectuels peuvent nous aider à construire le pays plus rapidement.

Nous n’avons pas de raison de tuer nos… Attendez, comment dire en anglais… les mêmes que nous… Nos collègues ! Nos collègues.

Les Vietnamiens sont même allés tellement loin qu’ils ont dit que nous tuions ceux qui portaient des lunettes parce que tous ceux qui portaient des lunettes étaient traités (?) comme intellectuels. Vous voyez que moi-même je porte des lunettes. » [Elle rit]

 

Les Khmers rouges tuaient les intellectuels ? La démonstration de Ieng Thirith est simple : elle porte des lunettes, elle est une intellectuelle et elle est là devant la caméra... (DR)

Les Khmers rouges tuaient les intellectuels ? La démonstration de Ieng Thirith est simple : elle porte des lunettes, elle est une intellectuelle et elle est là devant la caméra… (DR)

 

Source : Kampuchea mort et renaissance (Kampuchea Death and Rebirth)

Film documentaire réalisé par les Allemands de l’Est Walter Heynowski et Gerhard Scheumann, produit par leur studio H&S et sorti en 1980.

Ce film a marqué les esprits par une longue séquence tournée dans Phnom Penh désertée, par ces images saisissantes de la ville fantôme qui reviennent plusieurs fois dans le montage, accablantes.

Dans sa deuxième partie, Kampuchea mort et renaissance est construit autour d’un entretien avec Ieng Thirith qui s’exprime en anglais. Chemise blanche, veste grise, visage rond et souriant, lunettes aux montures épaisses, Ieng Thirith défend la politique du Kampuchea démocratique avec un aplomb sidérant. Le montage autour de cet entretien illustre la volonté des réalisateurs de démonter le discours khmer rouge : à chaque propos de Ieng Thirith succèdent des images et des témoignages destinés à prouver le mensonge, la duplicité, le déni. A l’époque, les Khmers rouges accusent le Vietnam d’avoir agressé et envahi le Cambodge. Le film décrit en revanche une libération orchestrée autour d’un mouvement de résistance cambodgien en lutte contre le régime de Pol Pot et légitimée par une multitude d’incontestables arguments humanitaires. Ainsi le film s’ouvre et se conclut sur les images de la signature du traité d’amitié et de coopération signé en février 1979 entre la république démocratique du Cambodge et le Vietnam.

 

2007

Poème inachevé de Ieng Thirith, il était en cours d’écriture quand elle a été arrêtée en 2007.

 

« Khmer children, euy.

Oh, Khmer children, euy, please do not forget your background. Cambodia is built up wonderfully, and is called the golden land.

Our land is huge, rich in rivers both small and large, and fresh produce is abundant ; rice, vegetables and fruit trees, we have plenty, and never beg. We only export overseas.

And the mountains are gigantic, stretching far away ; the forest and the furniture are invaluable, and there ae also medicinal herbs. »

 

Source Cambodia Daily : Poème rapporté Alex Willemyns et Van Roeun, journalistes du Cambodia Daily, qui racontent dans l’édition du 25 août 2015 la cérémonie de crémation de Ieng Thirith et expliquent que ce poème inachevé a été lu par sa fille, Huon Vanny, avant la crémation nocturne. 

3 Commentaires sur "Ieng Thirith dans le texte"

  1. mollien dit :

    Merci pour cet article.
    Je ne reviendrai pas sur son contenu tant cette detestable personne a savoir Ieng Thirith, fait preuve de mauvaise foi et d’allegations mensongeres.
    Cependant, il n’en reste pas moins vrai que les Vietnamiens ont commis un certain nombre de malversations tels que le pillage , le vol, le viol et que leur invasion n’a pas ete le fruit d’une volonte reelle de liberer le Cambodge mais releve d’une action calculee, orchestree par Hanoi et soi-disant soutenu par d’anciens deserteurs khmers rouges tels que Hue Sen.
    Pour rappel. Ho Chi Minh crea dans les annees 150/1960, le parti communiste indochinois dont l’emisssaire etait Pham Van Ban et qui se trouvait dans la region de Tay Ninh. Ce PCI avait pour but de reunifier les 3 pays de l’ex-Indochine et qui seraientt , a termes , sous dominance vietnamienne. Sans rentrer dans les details historiques, il est donc tout a fait exact que les troupes vietnamiennes (2 ou 3 divisions ) etaient deja presentes au Cambodge des les annees 60 afin de soutenir les Khmers rouges dans leur volonte d’instaurer le parti communiste cambodgien qui aurait du ,dans le temps , etre soumis aux directives du parti communiste vietnamien. Ces troupes ainsi que celles qui envahirent le Cambodge en 1979, commirent des actes odieux qui n’ont jamais ete denonces autrement que par des temoignages de Cambodgiens ou par des historiens fort avises, le public en general ignorant cess actes accablant pour le Vietnam, sans oublier les pays etrangers , qui , pour de sombres raisons politiques ont toujours caches ces verites.
    Bien a vous.

  2. Affonço dit :

    Cher Mollien ??,
    Avez-vous subi les exactions des khmers rouges? avez-vous vécu dans les camps de travaux forcés aux fins fonds de la jungle où pour 10 heures de travail par jour, vous recevez 2 louches de potages de riz avec quelques grains de sel? où pendant 3 ans 8 mois et 20 jours vous ne voyez plus la couleur d’une banane, d’une orange ou d’une mangue? avez-vous tenu dans vos bras votre enfant mourant qui vous demandait juste un bol de riz avant de rendre son dernier souffle? et qu’après un soldat khmer rouge arrive pas pour vous aider à enterrer votre enfant mais juste pour dire: « ah!! une bouche inutile en moins à nourrir pour Angkar »? Avez-vous vu des gamins tabassés à mort car ils ont volé ou ne faisaient pas leurs corvées comme il faut? avez-vous frôlé la mort pour avoir volé un peu de son de riz ou quelques aubergines parce que vous avez faim? Si vous avez vécu tout cela, je crois que vous tiendrez un autre discours. De ce que les politiques khmers rouges et vietnamiens ont concocté ensemble, nous ne saurons jamais toute la vérité… Tout ce que je peux vous dire c’est que – si les vietnamiens n’ont pas pris l’initiative « d’envahir » le Cambodge pour renverser le régime de ces monstres, je ne serai plus là pour en parler. Evidemment ils ne l’ont pas fait que pour les beaux yeux des Cambodgiens, ils avaient leurs ambitions politiques et tout le monde le savait. Moi-même j’ai vécu et travaillé pendant plus de 9 mois auprès de ces soldats vietnamiens et je n’ai été témoin d’aucune exaction dont tout le monde semble s’accorder pour les accuser. Aujourd’hui 40 ans après les faits je ne peux oublier leur action humanitaire et salvatrice qui m’a permis de raconter toutes les horreurs que j’ai vécues et commises non pas par des Vietnamiens mais par des Khmers rouges eux-mêmes contre des Khmers, des Chinois, des Vietnamiens. Le père de mes enfants, un communiste chinois convaincu a été le premier a été exécuté. Si aujourd’hui le Cambodge a pu renaître de ses cendres, c’est bien grâce à l’invasion vietnamienne…. Désolée de ne pas pouvoir tenir un discours inverse
    Une rescapée du régime monstrueux des khmers rouges parmi des millions de victimes cambodgiennes.

  3. Bonjour aux intervenants

    – Et merci d’abord à Mme Anne-Laure POREE, pour la qualité de ce blog, et pour ses articles que je continue de suivre dans la PQR ( dont O-F)
    – Je salue également Mme AFFONCO que je connais au travers de son livre : « La digue des Veuves »
    – Je souhaite intervenir plus précisement sur 2 points concernant cet article et les « commentaires  » qu’il a suscités :

    * Primo : Bien sûr que les Vietnamiens de l’époque ont eu un rôle dans l’accession des KR au pouvoir, : pour faire court, je retiendrai surtout la période de mars 1970 (LON Nol) à la conférence de Paris ( début 1973) : il y avait alors beaucoup de Vietnamiens de « tous bords » sur le sol khmer !!
    Sans parler des Américains très présents dans les airs !!!!(CF les 6 mois de « bombardements 1973 » qui ont justement suivi cette conf. de Paris : un véritable « crime de guerre »)

    Ceci dit, au lieu de taper sur HCM (qui n’a rien à voir avec un certain POL pot) et « faire encore une « croisade de plus contre le communisme », il est possible aussi de s’attarder sur le rôle de certains Khmers de renom sur cette même accession des KR au pouvoir.
    CF ces deux exemples précis :
    – S.N.S. : chef du GRUNK à partir de 1970, ce Monsieur a par exemple réclamé à la France fin avril 1975, la livraison au nouveau « pouvoir légitime des KR » de tous les traitres réfugiés à l’ambassade de France (CF un article du Monde daté des 4 et 5 mai 1975) : mais qui s’en souvient et ose en parler SVP ?

    – le 16 avril 1975, un jeune et fringant capitaine KR se signalait par sa fougue et sa bravoure dans les faubourgs Est de Phnom Penh pour la faire tomber aux mains des KR : qui SVP ?
    Facile à reconnaitre : il porte sur son visage « la marque de sa bravoure et de son appartenance KR »
    Pourquoi alors en 2015 se pose-t-il en « libérateur du peuple khmer de ses génocidaires KR » ?(sic)

    * Secundo : Mme IENG Thirith, ministre des Affaires Sociales, et aussi chargée du secteur de la Santé qui lui état rattaché.
    En guise d’oraison funèbre pour cette « charmante dame », les pages 189 et 190 du bouquin « La machine KR – Monti Santésok- 21 », qui me permet de saluer la mémoire de M. VANN Natth : petit extrait

    [ Nath regarde le « médecin » dans les yeux.
    Il l’interroge sévèrement :
    « – ….Et ceci encore : on confiait les détenus aux médecins. « Destruction pour prise de sang »
    Tu es au courant ?
    – Les prises de sang que j’ai vues… On prenait le sang de trois ou quatre personnes, on le mettait dans un frigo, et je ne sais pas où il allait.
    – Khân, tu as entendu parler de çà toi ?,
    interroge Nath en se tournant vers l’ancien interrogateur
    – Des prises de sang, j’en ai vu dans la maison des médecins, sur le chemin qui mène à ce lycée, raconte Khân. On y emmenait les détenus, on les mettait sur des lits à ressorts, on menottait les pieds et les bras des deux côtés du lit, on leur bandait les yeux, on les bâillonnait, tête fixée au lit..
    Puis les médecins mettaient un tuyau dans chaque bras, avec des pochettes de sang , et ils pompaient. Ils m’ont dit quatre pochettes par personne …….
    Une fois la prise terminée , on les laissait contre le mur, abandonnés là.
    Ils avaient les yeux révulsés. Ils respiraient comme des grillons, »pthek, pthek »…
    … Ils faisaient des prises de sang selon la demande, quand les grands hôpitaux manquaient de sang, une fois tous les mois, tous les deux mois…. ]

    ….

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