{"id":1715,"date":"2013-10-16T17:28:20","date_gmt":"2013-10-16T10:28:20","guid":{"rendered":"http:\/\/proceskhmersrouges.net\/?p=1715"},"modified":"2013-10-18T07:01:48","modified_gmt":"2013-10-18T00:01:48","slug":"les-voix-du-peuple-contre-le-deni-des-dirigeants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/?p=1715","title":{"rendered":"Les voix des parties civiles contre le d\u00e9ni des anciens dirigeants"},"content":{"rendered":"<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<figure id=\"attachment_1716\" aria-describedby=\"caption-attachment-1716\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a rel=\"attachment wp-att-1716\" href=\"http:\/\/proceskhmersrouges.net\/?attachment_id=1716\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1716\" title=\"IMG_0483-PKR2-plaidoirie PC\" src=\"http:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/IMG_0483-PKR2-plaidoirie-PC.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"375\" srcset=\"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/IMG_0483-PKR2-plaidoirie-PC.jpg 500w, https:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/IMG_0483-PKR2-plaidoirie-PC-150x112.jpg 150w, https:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/IMG_0483-PKR2-plaidoirie-PC-300x225.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1716\" class=\"wp-caption-text\">Dans la matin\u00e9e, les Cambodgiens sont au rendez-vous des plaidoiries finales des avocats des parties civiles. Mais l&#39;apr\u00e8s-midi, la salle est presque vide. Aucun diplomate ne s&#39;est d\u00e9plac\u00e9, aucun officiel cambodgien. Le tribunal ne semble pas la pr\u00e9occupation majeure d&#39;un pays en proie aux inondations et \u00e0 une crise politique majeure. (Anne-Laure Por\u00e9e)<\/figcaption><\/figure>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p>Ce sont les avocats cambodgiens qui ouvrent la journ\u00e9e. Pour ceux qui avaient suivi le proc\u00e8s de Duch, le contraste est saisissant : les interventions sont construites, chacun s\u2019efforce de respecter la d\u00e9limitation de son sujet ainsi que son temps de parole. Dans leur volont\u00e9 de d\u00e9montrer, ils citent abondamment les parties civiles. Hong Kim Suon s\u2019attaque au th\u00e8me de l\u2019entreprise criminelle commune. Il s\u2019agit, sans entrer dans le d\u00e9tail, d\u2019interroger les politiques qui ont conduit \u00e0 la mise en \u0153uvre des coop\u00e9ratives (donc le travail forc\u00e9), des mariages forc\u00e9s, des centres de s\u00e9curit\u00e9 et sites d\u2019ex\u00e9cution, des pers\u00e9cutions religieuses, au g\u00e9nocide des Vietnamiens et de Chams&#8230;<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>La pratique des d\u00e9portations d\u00e8s 1972 <\/strong><br \/>\n En introduction de son propos, Hong Kim Suon rappelle que les transferts forc\u00e9s de population \u00e9taient pratiqu\u00e9s bien avant la prise du pouvoir par les Khmers rouges dans les zones sous leur contr\u00f4le. \u201cD\u00e8s 1972.\u201d Il cite Kompong Cham, Kompong Speu, Mondolkiri, Svay Rieng, Kandal&#8230; Les d\u00e9portations sont massives et r\u00e9p\u00e9titives, insiste l\u2019avocat. Il donne des chiffres : les Cambodgiens de 17 provinces ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s vers 14 autres provinces du pays, dans des conditions inhumaines. \u201cLes forces du PCK n\u2019ont apport\u00e9 aucune aide aux \u00e9vacu\u00e9s.\u201d Et Nuon Chea savait, pr\u00e9cise l\u2019avocat. Ieng Sary savait aussi puisqu\u2019il a confirm\u00e9 avoir parl\u00e9 des projets d\u2019\u00e9vacuation de Phnom Penh avec Pol Pot. Mais Ieng Sary est mort le 14 mars 2013, il ne si\u00e8ge plus au banc des accus\u00e9s.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Les r\u00e9cits des Peuple Nouveau contre la version des anciens dirigeants<\/strong><br \/>\n A propos du fonctionnement des coop\u00e9ratives, des camps de travail et de la politique agricole du Kampuchea d\u00e9mocratique (ax\u00e9e sur la culture du riz, du latex et du sel), Hong Kim Suon d\u00e9crit les objectifs irr\u00e9alistes, la division de la population en Peuple Nouveau et Peuple Ancien, la discrimination, le processus de d\u00e9shumanisation en marche, le contr\u00f4le social et le contr\u00f4le des mentalit\u00e9s par le biais de la surveillance permanente et des sessions d\u2019autocritique. Chaque argument est m\u00e9ticuleusement \u00e9tay\u00e9 par les paroles des parties civiles. Et chaque fois la responsabilit\u00e9 des accus\u00e9s est soulign\u00e9e. Ainsi Hong Kim Suon rappelle les visites de Nuon Chea et Khieu Samphan sur les chantiers de la r\u00e9volution et les r\u00e9unions de fr\u00e8re num\u00e9ro 2 avec les responsables locaux. Comment pouvaient-ils ignorer ce que vivait le peuple cambodgien ?<\/p>\n<p>La politique des mariages forc\u00e9s, Hong Kim Suon l\u2019aborde du point de vue des hommes autant que des femmes. Il tente d\u2019expliquer que ces mariages sont le fruit d\u2019une d\u00e9cision prise au plus haut niveau de l\u2019Etat mais ses propos sont confus et manquent cruellement de pr\u00e9cision. Cependant l\u2019avocat rappelle le r\u00f4le de l\u2019Angkar dans ces c\u00e9r\u00e9monies\u00a0: l\u2019Angkar au nom de qui elles se tenaient, l\u2019Angkar \u00e0 qui les nouveaux mari\u00e9s pr\u00eataient alors serment de loyaut\u00e9. L\u2019Angkar qui a pens\u00e9 cette politique de mariages forc\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans les centres de s\u00e9curit\u00e9, c\u2019est \u201cl\u2019ennemi\u201d qui est vis\u00e9. \u201cA tous les niveaux, il fallait rendre compte de la politique. Il fallait envoyer des rapports\u201d d\u00e9clare Hong Kim Suon, affirmant que Khieu Samphan participait \u00e0 des r\u00e9unions o\u00f9 des d\u00e9cisions relatives \u00e0 ces politiques \u00e9taient prises. Nuon Chea (qui fut le sup\u00e9rieur direct de Duch) avait autorit\u00e9 pour d\u00e9cider de l\u2019\u00e9limination des ennemis au premier rang desquels figuraient les repr\u00e9sentants de la R\u00e9publique khm\u00e8re. Quant aux pers\u00e9cutions des Vietnamiens, Hong Kim Suon en expose de multiples exemples.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Un public r\u00e9ceptif<\/strong><br \/>\n L\u2019avocate Ty Srina, elle, s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la pertinence des arguments des Khmers rouges pour \u00e9vacuer Phnom Penh. \u201cJ\u2019invite la chambre \u00e0 se pencher sur ce pr\u00e9texte des bombardements am\u00e9ricains quand la v\u00e9ritable raison de l\u2019\u00e9vacuation n\u2019est pas expliqu\u00e9e par la d\u00e9fense.\u201d L\u2019indispensable \u00e9num\u00e9ration des crimes, les nombreuses citations des parties civiles et les avocats camp\u00e9s dans une lecture parfois poussive ont pu passer pour laborieux, pourtant le public cambodgien semble y avoir trouv\u00e9 son compte.\u00a0 Une femme venue de la province de Tak\u00e9o raconte qu\u2019elle avait 7-8 ans sous le r\u00e9gime de Pol Pot. \u201cCe que disent les avocats, c\u2019est ce que nous avons v\u00e9cu.\u201d Pour elle, qui vivait \u00e0 l\u2019\u00e9poque en zone rurale, les transferts de population incarnent bien les souffrances de tout un peuple. \u201cNous aussi nous avons \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s travailler ailleurs et s\u00e9par\u00e9s de notre famille\u201d.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Nuon Chea et Khieu Samphan dans le collimateur<\/strong><br \/>\n Apr\u00e8s la pr\u00e9sentation de ses confr\u00e8res, Christine Martineau articule sa plaidoirie autour d\u2019une question lancinante pos\u00e9e par les parties civiles. Pourquoi ? La question s\u2019adresse avant tout aux accus\u00e9s qui sont dans sa ligne de mire pendant 45 minutes.<br \/>\n Elle les interpelle. \u201cVous Monsieur Nuon Chea, vous Monsieur Khieu Samphan, [&#8230;] Vous tentez de donner \u00e0 votre r\u00e9gime et \u00e0 vous-m\u00eame une image humaine.\u201d Nuon Chea reconna\u00eet avoir \u00e9t\u00e9 un dirigeant du Kampuchea d\u00e9mocratique, il se dit responsable mais uniquement moralement, fulmine l\u2019avocate avant de d\u00e9noncer le syst\u00e8me de d\u00e9fense \u201cbien huil\u00e9\u201d Khieu Samphan : \u201cVous vous transformez en victime. Je ne savais rien, je n\u2019\u00e9tais qu\u2019un intellectuel, j\u2019\u00e9tais inutile. Mon r\u00f4le \u00e9tait de me sauver. Vous avez r\u00e9ussi&#8230;\u201d<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>\u201cVous \u00e9tiez plus qu\u2019un pr\u00e9sident fantoche\u201d<\/strong><br \/>\n Christine Martineau s\u2019insurge contre la strat\u00e9gie de l\u2019ancien chef d\u2019Etat du Kampuchea d\u00e9mocratique.\u00a0 \u201cVous osez demander que les responsables soient poursuivis. Monsieur Khieu Samphan, soyez r\u00e9alistes, vous \u00eates devant un tribunal. Vous \u00e9tiez beaucoup plus qu\u2019un pr\u00e9sident fantoche.\u201d <br \/>\n L\u2019avocate rappelle la fid\u00e9lit\u00e9 de Khieu Samphan \u00e0 Pol Pot, bien avant le Kampuchea d\u00e9mocratique et bien apr\u00e8s la chute du r\u00e9gime khmer rouge. \u201cQui croyez-vous convaincre en esquivant vos vraies responsabilit\u00e9s ? Vous prenez vos d\u00e9sirs pour des r\u00e9alit\u00e9s. Vous utilisez vos armes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es, le secret, le mensonge pour vous justifier. Les parties civiles ne sont pas dupes.\u201d<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Le crime est dans les d\u00e9tails<\/strong><br \/>\n Aux discours et aux strat\u00e9gies des anciens dirigeants, l\u2019avocate oppose les r\u00e9cits circonstanci\u00e9s des parties civiles: \u201cCe sont des d\u00e9tails, des faits pr\u00e9cis. Toutes ces donn\u00e9es brutes viennent dire que votre crime est un crime de l\u2019humanit\u00e9. Le crime, comme le diable, est partout, m\u00eame dans les d\u00e9tails.\u201d Elle oppose aussi des questions de bon sens. En \u00e9cho aux propos de Ty Srina sur le pr\u00e9texte des bombardements am\u00e9ricains, elle demande pourquoi envoyer sur les routes 2 millions de personnes quand les dirigeants eux-m\u00eames reconnaissent que le pays est dans un \u00e9tat catastrophique. \u201cSi on suit votre raisonnement, il n\u2019y avait pas \u00e0 manger dans le Cambodge, que vouliez-vous faire de 2 millions de personnes sur les routes ?\u201d<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Le Peuple Nouveau, une appellation officielle<\/strong><br \/>\n Les accus\u00e9s, plus particuli\u00e8rement Khieu Samphan, se d\u00e9fendent en disant qu\u2019il n\u2019y a pas eu de discrimination pendant les \u00e9vacuations. Elles ont concern\u00e9 tout le monde, donc il n\u2019y avait pas de mauvaise intention. Christine Martineau r\u00e9pond encore par la voix des parties civiles : \u201cVous les avez appel\u00e9s le Peuple Nouveau. Cela ne vient pas d\u2019eux. Les parties civiles n\u2019ont pas arr\u00eat\u00e9 de le dire. C\u2019\u00e9tait l\u2019appellation officielle. Vous avez cr\u00e9\u00e9 un groupe \u00e0 part, vous l\u2019avez s\u00e9par\u00e9 des masses sur lesquelles reposaient votre r\u00e9volution aux relents marxistes. Vous instaurez une s\u00e9gr\u00e9gation dans la soci\u00e9t\u00e9 cambodgienne. Il n\u2019y a pas de groupe politique, dites-vous. Mais vous l\u2019avez forg\u00e9 ce groupe politique. Peu importe les activit\u00e9s diverses de ces citoyens, vous leur avez attribu\u00e9 ces caract\u00e9ristiques, un groupe qui par essence est un groupe ennemi.\u201d Les parties civiles n\u2019ont-elles pas r\u00e9p\u00e9t\u00e9 au long du proc\u00e8s que \u201cpar principe on nous consid\u00e9rait comme des ennemis\u201d ?<br \/>\n Le Peuple Nouveau n\u2019avait pas les m\u00eames droits que le Peuple Ancien, ils n\u2019\u00e9taient m\u00eame plus des citoyens, conclut Christine Martineau en citant l\u2019interdiction du droit de vote et en interpellant une nouvelle fois Khieu Samphan :\u00a0 \u201cLes \u00e9lections, on ne vous les avait quand m\u00eame pas cach\u00e9es !\u201d<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>La masse contre l\u2019individu<\/strong><br \/>\n S\u2019offusquant des doutes formul\u00e9s par les accus\u00e9s sur les disparitions, par centaines ou par milliers, l\u2019avocate leur redonne leur identit\u00e9 de maris, de femmes, d\u2019enfants, de tantes, d\u2019oncles, d\u2019amis&#8230;\u201cVous vivez ce Peuple Nouveau comme une masse. Ce ne sont plus des individus.\u201d \u201cVous rejetez votre responsabilit\u00e9 p\u00e9nale, vous la faites endosser par les \u00e9chelons inf\u00e9rieurs. Mais vous \u00e9tiez les dirigeants. Vous \u00e9tiez le centre. Vous \u00e9tiez l\u2019Angkar, abstraction faite pour vous prot\u00e9ger, abstraction faite pour terroriser.\u201d <br \/>\n Ainsi les transferts forc\u00e9s de la fin 1975 n\u2019ont rien d\u2019humanitaire, ils sont destin\u00e9s \u00e0 produire davantage, \u00e0 mettre la masse au travail. Les parties civiles et leurs multiples t\u00e9moignages apportent la preuve irr\u00e9futable que les d\u00e9cisions de transferts ont \u00e9t\u00e9 prises au sommet. \u201cIl n\u2019y a plus d\u2019individu, il y a une masse que l\u2019on transf\u00e8re.\u201d Des transferts m\u00e9ticuleux, avec des listes, avec des ordres venus d\u2019en haut. \u201cSi les ordres n\u2019\u00e9taient pas venus du Centre, il aurait \u00e9t\u00e9 impossible de faire traverser le pays \u00e0 tant de monde.\u201d Les transferts, \u00e0 pied, en charrettes, en camion dans des conditions abominables sont \u201csyst\u00e9matiques, g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s et discriminatoires. [&#8230;] Ce ne sont pas les petits chefs qui ont organis\u00e9 les transferts\u201d ajoute l\u2019avocate en citant de nouveau une partie civile : \u201cC\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9tape vers notre destruction en tant que Peuple Nouveau\u201d.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Kampuchea d\u00e9mocratique, Etat esclavagiste<\/strong><br \/>\n Sur des images de propagande khm\u00e8re rouge projet\u00e9es \u00e0 l\u2019audience, Christine Martineau \u00e9voque les voyages de Nuon Chea en province. \u201cVous ne semblez pas vous \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9 des conditions de travail, vous ne les faisiez pas changer. Vous avez \u00e9t\u00e9 \u2018emball\u00e9\u2019 par ces grands barrages.\u201d Alors que d\u00e9filent sur les \u00e9crans des CETC les travailleurs v\u00eatus de noir qui courent pour d\u00e9placer la terre, vider leurs paniers, les enfants soumis au m\u00eame r\u00e9gime, la voix de l\u2019avocate r\u00e9sonne\u00a0: \u201cVotre nation est un Etat esclavagiste\u201d.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>G\u00e9nocide, effacement des vivants et des morts<\/strong><br \/>\n En conclusion de sa plaidoirie, Christine Martineau s\u2019arr\u00eate sur le mot g\u00e9nocide, si souvent employ\u00e9 par les Cambodgiens eux-m\u00eames. Un terme qu\u2019elle n\u2019interroge pas dans sa dimension juridique mais dans sa dimension humaine. \u201cLa d\u00e9shumanisation a tu\u00e9 les vivants mais aussi les morts. Oui, les morts ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9shumanis\u00e9s, avant la mort, apr\u00e8s la mort. Plus de tradition, plus de rites religieux. Les corps ont disparu, o\u00f9 sont-ils ? La mort est effac\u00e9e, il n\u2019y a plus de crimes. Il suffit de gommer la r\u00e9alit\u00e9 pour qu\u2019elle n\u2019existe plus. Mais \u00e0 ce proc\u00e8s, les parties civiles sont venues avec leurs morts.\u201d<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>\u201cCe proc\u00e8s n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 inutile\u201d<\/strong><br \/>\n Elisabeth Simonneau-Fort, co-avocate principale des parties civiles choisit d\u2019entrer en plaidoirie sur un mode plus intime, sur les doutes qui l\u2019ont travers\u00e9 \u00e0 ses d\u00e9buts aux CETC, des doutes sur sa d\u00e9marche. Des doutes que les morts, les survivants, les familles des victimes ont tr\u00e8s vite balay\u00e9s. \u201cCe proc\u00e8s n\u2019est pas exactement ce qu\u2019on aurait voulu qu\u2019il soit\u201d, glisse-t-elle. Malgr\u00e9 tous ceux qui n\u2019auront pas \u00e9t\u00e9 entendus, malgr\u00e9 les faits qui ne seront peut-\u00eatre pas jug\u00e9s, malgr\u00e9 l\u2019impossibilit\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 toutes les attentes, malgr\u00e9 les ralentissements li\u00e9s \u00e0 la sant\u00e9 d\u00e9clinante des accus\u00e9s, aux probl\u00e8mes financiers, elle est convaincue que \u201cce proc\u00e8s n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 inutile\u201d. \u201cIl aura \u00e9t\u00e9 un espace de r\u00e9flexion, de v\u00e9rit\u00e9, d\u2019\u00e9motion, d\u2019analyse, d\u2019explication et de preuve. Bref, un espace de justice.\u201d<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Tout le r\u00e9gime dans les transferts forc\u00e9s<\/strong><br \/>\n Comme ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, Elisabeth Simonneau-Fort va chercher \u00e0 d\u00e9montrer combien les transferts forc\u00e9s de population et l\u2019ex\u00e9cution des repr\u00e9sentants de le r\u00e9publique khm\u00e8re (l\u2019ancien r\u00e9gime de Lon Nol) incarnent \u201ctout ce qui d\u00e9finira le r\u00e9gime\u201d.<br \/>\n Pour r\u00e9sumer ce que fut le 17 avril 1975 pour les Cambodgiens et combien cela ne pouvait \u00eatre improvis\u00e9, elle fait appel aux mots de Rithy Panh dans <em>L\u2019\u00e9limination<\/em> : \u201cJe sais aujourd\u2019hui que la vitesse est un facteur d\u00e9cisif \u2014 qui semble ne pas peser r\u00e9trospectivement. Nous n\u2019avons pas eu le temps d\u2019\u00eatre fascin\u00e9s, ou m\u00eame convaincus. Nous avons \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement d\u00e9plac\u00e9s. Affam\u00e9s. S\u00e9par\u00e9s. Terroris\u00e9s. Priv\u00e9s de parole et de tous nos droits. Nous avons \u00e9t\u00e9 bris\u00e9s. Nous avons \u00e9t\u00e9 submerg\u00e9s par la faim et la peur. Et toute ma famille a disparu en six mois.\u201d<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>L\u2019ampleur accablante des r\u00e9cits identiques<\/strong><br \/>\n Ce que l\u2019avocate avance contre le d\u00e9ni de responsabilit\u00e9 de Nuon Chea et Khieu Samphan, ce sont les m\u00eames mots prononc\u00e9s partout dans le pays, les m\u00eames descriptions, les m\u00eames faits. \u201cIls entendent tous la m\u00eame chose, relais du discours venu d\u2019en haut.\u201d L\u2019ampleur des r\u00e9cits identiques est accablante.<br \/>\n Ceux qui sont expuls\u00e9s des villes ne comprennent pas ce qui leur arrive. Ils ne savent pas que c\u2019est \u201cla premi\u00e8re \u00e9tape d\u2019un vaste plan criminel dont ils seront les victimes. Ils ne savent pas que dans ce plan criminel, tout est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, tout fonctionne dans les zones occup\u00e9es, et ce, depuis des ann\u00e9es.\u201d Lors des transferts de population orchestr\u00e9s fin 1975-d\u00e9but 1976, ils r\u00e9aliseront qu\u2019ils ne sont plus que des outils. Du Sud, du Sud-Ouest, du Centre, ils sont envoy\u00e9s vers le Nord-Ouest \u201ccomme on enverrait du b\u00e9tail ou des machines agricoles qu\u2019on n\u2019a plus\u201d, illustre Elisabeth Simonneau-Fort. \u201cOn les entasse. Ils n\u2019ont pas le droit de sortir, de se plaindre, ils n\u2019ont pas d\u2019eau, pas de nourriture, pas de soins&#8230; Ils ne se voient plus eux-m\u00eames comme des \u00eatres humains.\u201d Et il y a les massacres. \u201c20 000 charniers sont d\u00e9couverts dans le Cambodge\u201d, pr\u00e9cise-t-elle.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Nuon Chea et Khieu Samphan sont dans l\u2019Angkar<\/strong><br \/>\n En d\u00e9pit de ces \u00e9vidences ou de ces preuves concr\u00e8tes, \u201cNuon Chea dit que personne n\u2019a vu directement tuer, sugg\u00e9rant que cela n\u2019aurait peut-\u00eatre pas exist\u00e9\u201d. L\u2019avocate liste alors des \u00e9l\u00e9ments de preuve pr\u00e9cis (organisation de massacre, ex\u00e9cutions, charnier) et pointe encore que \u201cpour Nuon Chea cela n\u2019a peut-\u00eatre pas exist\u00e9\u201d. Les chefs locaux, les chefs de zone auraient donc de leur pleine initiative tortur\u00e9, affam\u00e9, assassin\u00e9 ? \u201cNuon Chea comme Khieu Samphan arguent de leur totale ignorance, pour autant bien s\u00fbr que cela eut exist\u00e9. Ils ont dit qu\u2019ils ne savaient pas, qu\u2019ils ne voulaient pas cela pour le peuple cambodgien.\u201d Comment le croire ? dit le silence qui s\u2019installe avant que l\u2019avocate reprenne le flambeau. \u201cQuand le monde entier d\u00e9couvre S21 [en 1979 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980], Khieu Samphan, lui, ne sait rien. Il faudra qu\u2019il voit le film de Rithy Panh en 2003 pour apprendre l\u2019existence de S21&#8230;\u201d <br \/>\n Si les m\u00eames termes et les m\u00eames subterfuges sont appliqu\u00e9s partout dans le pays c\u2019est qu\u2019ils sont le fruit d\u2019une propagande, c\u2019est qu\u2019une t\u00eate pense le discours et la politique. Cette t\u00eate, c\u2019est l\u2019Angkar, c\u2019est un groupe. \u201cNuon Chea et Khieu Samphan en font partie. Nuon Chea a dit \u00e0 maintes reprises que Pol Pot et lui ne faisaient qu\u2019un. Fr\u00e8re num\u00e9ro 2 c\u2019est lui, lui qui est juste en dessous, \u00e0 c\u00f4t\u00e9, parfois \u00e0 sa place.\u201d Khieu Samphan a racont\u00e9 qu\u2019il suivait Pol Pot comme une ombre. Il est aussi l\u2019homme des estrades, des campagnes de propagande, qui galvanise les foules par des discours teint\u00e9s de lourds mensonges.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Les conditions et les outils de la destruction<\/strong><br \/>\n La peur, et la faim, \u201ctellement efficace\u201d, \u201csi obs\u00e9dante qu\u2019elle retire toute capacit\u00e9 de penser et d\u2019agir dans un autre but que celui de survivre\u201d, sont les conditions de la destruction, du crime. Les Khmers rouges se servent aussi de divers instruments pour parvenir \u00e0 leurs fins. Elisabeth Simonneau-Fort en rel\u00e8ve trois essentiels : le collectivisme; le changement du langage \u201cqui devient guerrier \u00e0 l\u2019extr\u00eame\u201d (\u201ctout est combat et tout est agression\u201d) et dont les documents officiels t\u00e9moignent; et les enfants, s\u00e9par\u00e9s, enr\u00f4l\u00e9s, manipul\u00e9s, qui symbolisent la dissolution programm\u00e9e de la famille.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>La preuve d\u2019un plan criminel commun<\/strong><br \/>\n \u201cEst-ce que j\u2019invente tout cela ? Est-ce que les parties civiles exag\u00e8rent, transforment l\u2019\u00e9v\u00e9nement sous le coup de l\u2019\u00e9motion ?\u201d, interroge l\u2019avocate. Non. Car ce qui frappe, ce n\u2019est pas seulement que les m\u00eames \u00e9v\u00e9nements et les m\u00eames sc\u00e8nes se r\u00e9p\u00e8tent \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de tout le pays, c\u2019est aussi qu\u2019ils sont racont\u00e9s de la m\u00eame fa\u00e7on trente ans plus tard. Ce que les r\u00e9fugi\u00e9s d\u00e9crivaient au p\u00e8re Fran\u00e7ois Ponchaud en 1976 et ce que les survivants racontent aujourd\u2019hui. \u201cOn entend la m\u00eame chose\u201d. Il n\u2019y a pas non plus de diff\u00e9rence entre ce qu\u2019ont \u00e9crit et rapport\u00e9 \u201cau plus tard dans les ann\u00e9es 1980\u201d, Steve Heder, Ong Thong H\u0153ung, Laurence Picq ou Pin Yathay et les r\u00e9cits entendus pendant ce proc\u00e8s. \u201cTout se corrobore et se ressemble jusque dans les d\u00e9tails.\u201d Y compris les documents officiels. Cette logique et cette concordance prouvent selon Elisabeth Simonneau-Fort \u201cl\u2019application scrupuleuse de ce qui est d\u00e9cid\u00e9 en haut\u201d.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Une question de bon sens<\/strong><br \/>\n La co-avocate principale des parties civiles d\u00e9plore le manque de courage des accus\u00e9s, le silence, le mensonge, la d\u00e9n\u00e9gation. les parties civiles, hant\u00e9es par les m\u00eames questions depuis 35 ans, \u201cauraient voulu les d\u00e9bats et les explications qu\u2019on leur avait promis et qui n\u2019ont pas eu lieu autant qu\u2019on avait esp\u00e9r\u00e9. C\u2019est dommage.\u201d Mais c\u2019\u00e9tait pr\u00e9visible, elle en convient. \u201cEn d\u00e9pit des preuves documentaires, du nombre des disparus, en d\u00e9pit du nombre de charniers, en d\u00e9pit des discours de l\u2019\u00e9poque, ils continuent de dire qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas au courant.\u201d Alors se pose une question de bon sens, comme la qualifie Elisabeth Simonneau-Fort : \u201cQue faisaient ces hauts dirigeants pendant leurs r\u00e9unions quotidiennes ?\u201d De quoi parlaient-ils avec les chefs de zone, de districts, de secteurs, dans des r\u00e9unions qui duraient plusieurs jours d\u2019affil\u00e9e ? S\u2019attachant \u00e0 une r\u00e9flexion de Youk Chhang, directeur du Centre de documentation du Cambodge, elle demande surtout de quoi ces dirigeants ne veulent-ils pas parler ? Les accus\u00e9s r\u00e9pondent de crimes contre l\u2019humanit\u00e9, les crimes les plus graves. \u201cC\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 qui fonde ce proc\u00e8s. [&#8230;] Je souhaite que la justice les condamne pour avoir organis\u00e9 tout \u00e7a.\u201d<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>L\u2019attente de r\u00e9parations<\/strong><br \/>\n Au-del\u00e0 de la condamnation, les parties civiles attendent enfin des r\u00e9parations qu\u2019Elisabeth Simonneau-Fort d\u00e9finit comme \u201cune part essentielle d\u2019une juste condamnation sans laquelle cette d\u00e9cision ne serait pas compl\u00e8tement aboutie\u201d. Avant de passer le relais \u00e0 son coll\u00e8gue cambodgien, elle rappelle combien il est injuste que les parties civiles cherchent des financements pour les r\u00e9parations (les coupables, indigents, ne sont pas impliqu\u00e9s dans la r\u00e9paration du pr\u00e9judice subi) alors que ces r\u00e9parations leur sont dues.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Une liste de 13 projets de r\u00e9parations<\/strong> <br \/>\n Parmi les r\u00e9parations demand\u00e9es figurent une journ\u00e9e de la m\u00e9moire que le gouvernement cambodgien a accept\u00e9 de fixer au 20 mai, date \u00e0 laquelle des c\u00e9r\u00e9monies sont d\u00e9j\u00e0 organis\u00e9es chaque ann\u00e9e. Les parties civiles ont aussi travaill\u00e9 \u00e0 des projets de monuments \u00e0 travers le Cambodge qui pourraient \u00eatre soutenus par les ONG Youth For Peace et Karuna Kdei. L\u2019\u00e9rection d\u2019un monument \u00e0 Phnom Penh, en face de l\u2019ambassade de France, con\u00e7u par l\u2019artiste S\u00e9ra, financ\u00e9 par l\u2019ambassade et les entreprises de construction est mentionn\u00e9e. Un monument \u00e0 Vincennes, en France, \u00e9galement. Des t\u00e9moignages th\u00e9rapeutiques et des groupes d\u2019entraide aupr\u00e8s des communaut\u00e9s locales pourraient \u00eatre pris en charge par l\u2019ONG TPO. Le Centre de documentation du Cambodge (DC-Cam) soutiendrait des expositions permanentes dans 5 mus\u00e9es de province, une exposition itin\u00e9rante, ainsi que la r\u00e9daction d\u2019un chapitre sur les CETC, le proc\u00e8s 002 et la participation des parties civiles dans le manuel des professeurs d\u2019histoire cambodgiens. L\u2019organisation Youth For Peace s\u2019associerait \u00e0 la fondation d\u2019un Peace Learning Center et les organisations des droits de l\u2019Homme regroup\u00e9es au Chrac s\u2019attelleraient \u00e0 la r\u00e9alisation d\u2019un livret p\u00e9dagogique sur le proc\u00e8s \u00e0 destination des populations de conditions modeste. Enfin les parties civiles esp\u00e8rent la publication du jugement et la publication de leurs noms sur le site internet des CETC.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du 16 au 31 octobre, les parties concluent les 212 journ\u00e9es d\u2019audience consacr\u00e9es aux d\u00e9placements forc\u00e9s de population, aux crimes contre l\u2019humanit\u00e9 associ\u00e9s \u00e0 ces d\u00e9portations, aux crimes contre ceux qui incarnaient l\u2019ancien r\u00e9gime de Lon Nol et aux politiques (coop\u00e9ratives, centres de s\u00e9curit\u00e9, pers\u00e9cutions religieuses, mariages forc\u00e9s, g\u00e9nocide des Vietnamiens et des Chams&#8230;) qui ont conduit \u00e0 poursuivre Nuon Chea, aujourd\u2019hui \u00e2g\u00e9 de 87 ans, et Khieu Samphan, 82 ans, pour entreprise criminelle commune. Compte tenu de l\u2019\u00e2ge des accus\u00e9s, beaucoup estiment que le proc\u00e8s 002 n\u2019ira pas au-del\u00e0 de ce premier volet ce qui d\u00e9cuple les enjeux de ces plaidoiries et r\u00e9quisitoire finaux.<br \/>\nLors de la premi\u00e8re journ\u00e9e, les avocats des parties civiles se sont empar\u00e9s de ce proc\u00e8s symbolique. Ils ont plaid\u00e9 avec fermet\u00e9 et conviction. Ils n\u2019ont eu de cesse de d\u00e9montrer que les dirigeants savaient. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1716,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[17],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1715"}],"collection":[{"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1715"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1715\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1721,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1715\/revisions\/1721"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1716"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1715"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1715"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1715"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}