{"id":380,"date":"2009-05-29T23:37:13","date_gmt":"2009-05-29T16:37:13","guid":{"rendered":"http:\/\/proceskhmersrouges.net\/?p=380"},"modified":"2010-12-02T01:05:35","modified_gmt":"2010-12-01T18:05:35","slug":"le-kampuchea-democratique-raconte-par-francois-ponchaud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/?p=380","title":{"rendered":"Le Kampuch\u00e9a d\u00e9mocratique racont\u00e9 par Fran\u00e7ois Ponchaud"},"content":{"rendered":"<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<figure id=\"attachment_381\" aria-describedby=\"caption-attachment-381\" style=\"width: 375px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-381\" title=\"28-05-09-ponchaud-large\" src=\"http:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2009\/06\/28-05-09-ponchaud-large.jpg\" alt=\"Fran\u00e7ois Ponchaud, pr\u00eatre missionnaire, conteur de l'histoire cambodgienne. (Anne-Laure Por\u00e9e)\" width=\"375\" height=\"281\" srcset=\"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2009\/06\/28-05-09-ponchaud-large.jpg 375w, https:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2009\/06\/28-05-09-ponchaud-large-300x224.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 375px) 100vw, 375px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-381\" class=\"wp-caption-text\">Fran\u00e7ois Ponchaud, pr\u00eatre missionnaire, conteur de l&#39;histoire cambodgienne. (Anne-Laure Por\u00e9e)<\/figcaption><\/figure>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>44\u00a0ans d&rsquo;attachement au Cambodge<\/strong><\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Ponchaud, 70 ans, est probablement le pr\u00eatre catholique le plus connu du Cambodge. Apr\u00e8s avoir servi un peu plus de deux ans\u00a0comme parachutiste en Alg\u00e9rie (il aime \u00e0 rappeler son exp\u00e9rience de soldat), il d\u00e9cide de devenir pr\u00eatre missionnaire. Il est envoy\u00e9 au Cambodge en 1965 o\u00f9 bien s\u00fbr il apprend \u00e0 lire et \u00e9crire le khmer ce qui lui permet de traduire la Bible. Il assiste \u00e0 l&rsquo;\u00e9vacuation de Phnom Penh par les Khmers rouges en 1975 et compte parmi les Occidentaux qui ferment le portail de l&rsquo;ambassade de France. En France, il est le premier \u00e0 raconter, en 1976, dans le journal <em>Le Monde<\/em>, puis en 1977, dans <em>Cambodge ann\u00e9e z\u00e9ro<\/em>, le drame qui se joue au Cambodge. Il \u00e9crit sur la base de tr\u00e8s nombreux t\u00e9moignages de r\u00e9fugi\u00e9s mais aussi sur l&rsquo;\u00e9coute de la radio khm\u00e8re rouge enregistr\u00e9e par le p\u00e8re Venet.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Conseil de lecture<\/strong><\/p>\n<p>Mercredi 28 mai, Fran\u00e7ois Ponchaud conseille d&#8217;embl\u00e9e de lire ce qu&rsquo;il consid\u00e8re comme le livre de r\u00e9f\u00e9rence sur les Khmers rouges\u00a0: <em>Pol Pot, anatomie d&rsquo;un cauchemar (Deno\u00ebl, 2007)*<\/em>, du journaliste Philip Short. Selon le pr\u00eatre missionnaire, il s&rsquo;agit du meilleur ouvrage pour comprendre le contexte historique et culturel. Difficile pour le n\u00e9ophyte de se faire une id\u00e9e. Un coup d&rsquo;\u0153il aux critiques disponibles sur internet permet de comprendre que le livre, malgr\u00e9 ses grandes qualit\u00e9s, ne fait pas l&rsquo;unanimit\u00e9. Dans un <a title=\"Article en anglais de Nayan Chanda sur le livre de Philip Short\" href=\"http:\/\/www.washingtonpost.com\/wp-dyn\/articles\/A51776-2005Feb24.html\">article du <em>Washington Post<\/em><\/a>, Nayan Chanda (auteur de l&rsquo;ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence <em>Les fr\u00e8res ennemis<\/em>)\u00a0 reproche \u00e0 l&rsquo;auteur ses \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ralisations sur la culture cambodgienne et une tentative \u00e9trange d&rsquo;exon\u00e9rer les Khmers rouges du g\u00e9nocide\u00a0\u00bb. Philip Short, qui prend position contre les proc\u00e8s des anciens dirigeants khmers rouges, estime qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas eu g\u00e9nocide au Cambodge tandis que pour\u00a0certains chercheurs le racisme des Khmers rouges ne fait pas le moindre doute, en particulier contre les Vietnamiens ou les Cham (musulmans).<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Comment les Khmers rouges arrivent au pouvoir<\/strong><\/p>\n<p>Evidemment, le propos de Fran\u00e7ois Ponchaud n&rsquo;est pas de d\u00e9battre de ces questions mais de raconter au public ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 au Cambodge. Il commence par donner des cl\u00e9s de compr\u00e9hension\u00a0: \u00ab\u00a0Lon Nol [qui a renvers\u00e9 Sihanouk en 1970 et avait le soutien des Am\u00e9ricains] \u00e9tait un fou, un mystique\u00a0! Il a fait une guerre de religion contre les Khmers rouges\u00a0!\u00a0\u00bb Sans vouloir trop s&rsquo;avancer sur les chiffres, Fran\u00e7ois Ponchaud explique qu&rsquo;il y aurait eu peut-\u00eatre 600\u00a0000\u00a0morts caus\u00e9s par ce r\u00e9gime. Autre erreur, des Am\u00e9ricains cette fois\u00a0: d\u00e9verser 257\u00a0000 tonnes de bombes sur le Cambodge \u00ab\u00a0entre le 6 f\u00e9vrier 1973 et le 15 ao\u00fbt 1973\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0C&rsquo;est une petite raison mais c&rsquo;est une des raisons pour lesquelles les Khmers rouges sont devenus fous\u00a0\u00bb, commente Fran\u00e7ois Ponchaud. Sihanouk aussi est responsable \u00ab\u00a0parce qu&rsquo;il a port\u00e9 le drapeau khmer rouge aupr\u00e8s de la communaut\u00e9 internationale\u00a0\u00bb. Pour accompagner son propos, le p\u00e8re Ponchaud montre des photographies de Sihanouk et de sa femme Monique \u00e0 Phnom Kulen en visite en 1973 dans le maquis khmer rouge, encadr\u00e9s par les dirigeants du mouvement. Puis une image les montre seuls, assis sur l&rsquo;escalier en bois d&rsquo;une maison sur pilotis. Le pr\u00eatre-conf\u00e9rencier a plac\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la photographie un commentaire ironique sur les \u00ab\u00a0vacances romantiques\u00a0\u00bb du couple chez les Khmers rouges. Enfin il montre Sihanouk touillant le contenu d&rsquo;une grande marmite \u00e0 la cuisine.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Aux portes de Phnom Penh<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;interm\u00e8de culinaire, retour \u00e0 l&rsquo;histoire, en khmer-anglais, car Fran\u00e7ois Ponchaud passe parfois au khmer sans m\u00eame s&rsquo;en rendre compte. Petit \u00e0 petit donc, les Khmers rouges ont encercl\u00e9 Phnom Penh. \u00ab\u00a0La chute de Phnom Penh a commenc\u00e9 le 1<sup>er<\/sup> janvier \u00e0 minuit. J&rsquo;\u00e9tais au centre de Phnom Penh, j&rsquo;ai dit\u00a0: &lsquo;C&rsquo;est fini&rsquo;. Duch l&rsquo;a confirm\u00e9 la semaine derni\u00e8re\u00a0: le 1<sup>er<\/sup> janvier 1975 \u00e0 minuit.\u00a0\u00bb Tous les jours, il grimpe au sommet de la cath\u00e9drale de Phnom Penh et rep\u00e8re la progression des Khmers rouges aux fum\u00e9es dans les campagnes. \u00ab\u00a0Nous esp\u00e9rions les Khmers rouges. Nous n&rsquo;avions aucun espoir en Lon Nol. Nous avons commis une erreur. M\u00eame la diplomatie am\u00e9ricaine a demand\u00e9 en 1975 \u00e0 Sihanouk de revenir au Cambodge mais il a refus\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait trop tard.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p>Avec le m\u00eame souvenir pr\u00e9cis et vivant, Fran\u00e7ois Ponchaud raconte le d\u00e9part de l&rsquo;ambassadeur am\u00e9ricain John Gunther Dean quittant le pays en h\u00e9licopt\u00e8re, en emportant sous son bras le drapeau am\u00e9ricain et les larmes que ce-dernier\u00a0verse lors de sa prestation t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e. Pour l&rsquo;anecdote,\u00a0Fran\u00e7ois Ponchaud\u00a0cite une interview de cet ancien ambassadeur qui\u00a0d\u00e9clare en substance\u00a0: \u00ab\u00a0J&rsquo;en voulais terriblement \u00e0 mon gouvernement qui m&rsquo;avait demand\u00e9 d&rsquo;appliquer une politique stupide\u00a0\u00bb. Des propos francs comme les affecte le p\u00e8re Ponchaud.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Le 17 avril, vu de la cath\u00e9drale<\/strong><\/p>\n<p>Vient ensuite le d\u00e9roulement de la prise de Phnom Penh, vu depuis la cath\u00e9drale. \u00ab\u00a0Il y avait deux \u00e0 trois millions de personnes en ville, beaucoup venus se r\u00e9fugier pour \u00e9chapper aux bombardements et \u00e0 la guerre dans les campagnes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>A 7 heures, silence. Tractations entre un homme en costume noir qui sort d&rsquo;une voiture blanche et les militaires des tanks qui rendent les armes.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 10 heures, tout le monde se r\u00e9jouit parce que la paix est revenue. \u00ab\u00a0Les journalistes ont mal interpr\u00e9t\u00e9 les manifestations de joie de la population. Les gens n&rsquo;applaudissaient pas l&rsquo;arriv\u00e9e des Khmers rouges, ils applaudissaient l&rsquo;arm\u00e9e cambodgienne qui se rendait.\u00a0\u00bb Un peu plus tard, le p\u00e8re Ponchaud croise des Khmers rouges froids, s\u00e9rieux, qui ne d\u00e9crochent pas un sourire. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai murmur\u00e9 en les voyant\u00a0: &lsquo;Avec ceux-l\u00e0, on ne rira pas&rsquo;\u00a0\u00bb, se rappelle Fran\u00e7ois Ponchaud.<\/p>\n<p>Soudain, l&rsquo;attitude des Khmers rouges change. \u00ab\u00a0Nous ne sommes pas arriv\u00e9s l\u00e0 par la n\u00e9gociation mais par la puissance de nos armes\u00a0!\u00a0\u00bb entend dire le p\u00e8re Ponchaud. \u00ab\u00a0Vous savez, confie-t-il, nous avions tr\u00e8s peur des Khmers rouges pas parce qu&rsquo;ils tuaient mais \u00e0 cause de leur regard.\u00a0\u00bb Et le pr\u00eatre d&rsquo;imiter un homme terroris\u00e9 et tremblant.<\/p>\n<p>A midi, la population commence \u00e0 \u00eatre expuls\u00e9e de la capitale. Les Khmers rouges entrent dans toutes les maisons en criant\u00a0: \u00ab\u00a0Sortez de Phnom Penh parce que les Am\u00e9ricains vont bombarder\u00a0!\u00a0\u00bb Pourquoi les gens y croient\u00a0? \u00ab\u00a0En 1973, les Am\u00e9ricains avaient d\u00e9j\u00e0 bombard\u00e9 la campagne proche de Phnom Penh, explique le p\u00e8re Ponchaud en se rappelant l&rsquo;horizon rouge et le bruit des bombes. Peut-\u00eatre \u00e9tait-ce vrai, alors tout le monde est sorti.\u00a0\u00bb De toute mani\u00e8re, ils s&rsquo;entendent dire qu&rsquo;ils pourront bient\u00f4t revenir. \u00ab\u00a0Ne fermez pas votre porte, l&rsquo;Angkar n&rsquo;est pas un voleur\u00a0\u00bb, ajoutent les soldats khmers rouges.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 18 heures, le pr\u00eatre voit la population quitter Phnom Penh en masse. \u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait p\u00e9nible de voir tous ces gens sortir de Phnom Penh, t\u00e9moigne-t-il. Et ce spectacle horrible des malades, des bless\u00e9s, des invalides, oblig\u00e9s de sortir des h\u00f4pitaux. C&rsquo;\u00e9tait terrible, terrible, terrible\u00a0!\u00a0\u00bb Mais il ne voit aucune ex\u00e9cution. Il insiste. Personne n&rsquo;est tu\u00e9.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<figure id=\"attachment_382\" aria-describedby=\"caption-attachment-382\" style=\"width: 200px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-382\" title=\"28-05-09-ponchaud-petite\" src=\"http:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2009\/06\/28-05-09-ponchaud-petite.jpg\" alt=\"Fran\u00e7ois Ponchaud. (Anne-Laure Por\u00e9e)\" width=\"200\" height=\"267\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-382\" class=\"wp-caption-text\">Fran\u00e7ois Ponchaud. (Anne-Laure Por\u00e9e)<\/figcaption><\/figure>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le matin du 18, je peux vous certifier qu&rsquo;il ne restait personne \u00e0 Phnom Penh \u00e0 part des Khmers rouges. Plus d&rsquo;habitants\u00a0!\u00a0\u00bb Lui refuse d&rsquo;\u00eatre \u00e9vacu\u00e9 jusqu&rsquo;au bout, avec un poign\u00e9e d&rsquo;Occidentaux qui par foi, et par solidarit\u00e9, ne peuvent se r\u00e9soudre \u00e0 abandonner le navire. \u00ab\u00a0Je suis rest\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ambassade de France jusqu&rsquo;au 4 mai, jour o\u00f9 j&rsquo;ai donn\u00e9 les cl\u00e9s \u00e0 Met (<em>Camarade<\/em>) Meth, vice-pr\u00e9sident du secteur Nord de Phnom Penh.\u00a0\u00bb Il part par le dernier convoi.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Pourquoi vider les villes\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Toutes les villes du pays ont subi le m\u00eame sc\u00e9nario. En route vers la Tha\u00eflande il constate que les villes travers\u00e9es sont toutes vid\u00e9es de leurs habitants. \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;\u00e9tait pas de l&rsquo;improvisation\u00a0\u00bb, affirme Fran\u00e7ois Ponchaud qui imagine quelques raisons\u00a0: la premi\u00e8re, inspir\u00e9e des propos de Duch et Ieng Sary, c&rsquo;est que Phnom Penh \u00e9tait difficile \u00e0 g\u00e9rer du point de vue de la s\u00e9curit\u00e9\u00a0; la deuxi\u00e8me, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas \u00e0 manger pour tout le monde\u00a0; la troisi\u00e8me, et pour lui la plus importante, est l&rsquo;id\u00e9ologie\u00a0: \u00ab\u00a0les anciens Khmers rouges disaient que la ville \u00e9tait mauvaise, malfaisante parce que la ville c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;argent. &lsquo;Plantez du riz et vous saurez la vraie valeur de tout&rsquo;, pensaient-ils.\u00a0\u00bb Cette mesure radicale aurait attir\u00e9 les louanges de Mao Zedong.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Quel sc\u00e9nario pour la population\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Pour les soldats de l&rsquo;ancien r\u00e9gime et les fonctionnaires de haut rang, la mort est programm\u00e9e. Fran\u00e7ois Ponchaud raconte comment ils sont convi\u00e9s \u00e0 accueillir Sihanouk \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport, comment ils disent joyeusement au revoir \u00e0 leur femme et comment ils sont ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 30 km de Battambang. Les Khmers rouges avaient d\u00e9cid\u00e9 de tuer ceux qui avaient servi \u00ab\u00a0le valet de l&rsquo;Am\u00e9rique Lon Nol\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ceux qui vivent dans les zones sous contr\u00f4le khmer rouge depuis longtemps sont appel\u00e9s \u00ab\u00a0Ancien peuple\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Peuple de base\u00a0\u00bb tandis que les autres, forc\u00e9s \u00e0 l&rsquo;exode ou habitant\u00a0les r\u00e9gions sous contr\u00f4le de Lon Nol, sont affubl\u00e9s des sobriquets de \u00ab\u00a0prisonniers de guerre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a017 Avril\u00a0\u00bb ou encore \u00ab\u00a0Nouveau peuple\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans les villages, les Cambodgiens sont r\u00e9partis en diff\u00e9rents groupes d&rsquo;\u00e2ge, des t\u00e2ches pr\u00e9cises leur sont attribu\u00e9es. \u00ab\u00a0La population \u00e9tait organis\u00e9e comme une arm\u00e9e qui va au combat\u00a0\u00bb, commente Fran\u00e7ois Ponchaud. Les personnes \u00e9duqu\u00e9es \u00e9taient tu\u00e9es. Il y avait tr\u00e8s peu \u00e0 manger, des journ\u00e9es de travail de 14 heures parfois, pas de m\u00e9dicaments et ceux qui \u00e9taient fatigu\u00e9s ou critiquaient l&rsquo;Angkar \u00e9taient ex\u00e9cut\u00e9s, r\u00e9sume-t-il. Les marginaux ou les ignorants \u00e9taient au pouvoir. \u00ab\u00a0On ne peut pas imaginer le climat de peur, cette peur permanente d&rsquo;\u00eatre tu\u00e9. Parfois les enfants espionnaient leurs propres parents. J&rsquo;ai entendu des histoires de Khmers rouges disant aux enfants\u00a0: &lsquo;Il n&rsquo;est pas ton p\u00e8re, il est l&rsquo;ennemi.&rsquo;\u00a0La d\u00e9personnalisation de la soci\u00e9t\u00e9 a \u00e9t\u00e9 terrible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Une r\u00e9volution par \u00e9tapes<\/strong><\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Ponchaud \u00e9voque deux \u00e9tapes. La premi\u00e8re consiste \u00e0 se d\u00e9barrasser des \u00e9l\u00e9ments de l&rsquo;Ancien r\u00e9gime. La seconde vise \u00e0 faire devenir tout le monde paysan. Mais au cours de la seconde r\u00e9volution, les Khmers rouges purgent leurs rangs. \u00ab\u00a0Ils voulaient changer tout le personnel afin d&rsquo;\u00eatre purs.\u00a0\u00bb D&rsquo;o\u00f9 les plus de 200 centres de d\u00e9tention et de torture dans le pays. \u00ab\u00a0Le proc\u00e8s de Duch est important mais il faut savoir qu&rsquo;il y en avait beaucoup d&rsquo;autres.\u00a0\u00bb\u00a0A l&rsquo;\u00e9poque, les slogans qui justifient la mort ne manquent pas\u00a0: \u00ab\u00a0Mieux vaut tuer un innocent que garder en vie un ennemi\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0A les garder en vie, nul profit, \u00e0 les faire dispara\u00eetre, nulle perte\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Le Vietnam et la Chine avait des conceptions diff\u00e9rentes de la r\u00e9volution, la population pouvait \u00eatre r\u00e9\u00e9duqu\u00e9e\u00a0\u00bb, constate Fran\u00e7ois Ponchaud.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Connivences avec le bouddhisme<\/strong><\/p>\n<p>Pas au Cambodge. \u00ab\u00a0La r\u00e9volution cambodgienne\u00a0a des connivences avec le\u00a0bouddhisme.\u00a0\u00bb Le pr\u00eatre tente une courte d\u00e9monstration\u00a0: \u00ab\u00a0Dans le bouddhisme, un slogan dit &lsquo;vos\u00a0m\u00e9rites\u00a0et vos d\u00e9m\u00e9rites vous suivent comme une ombre&rsquo;. Par cons\u00e9quent, on ne peut pas r\u00e9\u00e9duquer quelqu&rsquo;un. Et la notion de pardon n&rsquo;existe pas, pas plus que la notion de personne. Nous sommes juste des \u00e9nergies qui formons un \u00eatre humain. Des \u00e9nergies positives et des \u00e9nergies n\u00e9gatives. La seule solution possible, c&rsquo;est la mort, qui supprime ce poids du karma.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Hors conf\u00e9rence, Fran\u00e7ois Ponchaud insiste : \u00ab\u00a0Je ne dis pas que les Khmers rouges sont bouddhistes ! Je dis que leur culture est impr\u00e9gn\u00e9e de bouddhisme, que leur r\u00e9volution est khm\u00e8re.\u00a0\u00bb Il renvoie\u00a0au livre\u00a0<em>L&rsquo;utopie meurtri\u00e8re<\/em> dans lequel Pin Yathay soutient l&rsquo;id\u00e9e que les Khmers rouges ont d\u00e9velopp\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 cambodgienne \u00e0 l&rsquo;image d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 monastique. \u00ab\u00a0C&rsquo;est un peu vrai. Et tous les chefs khmers rouges ont fait un s\u00e9jour \u00e0 la pagode. \u00bb Le p\u00e8re Ponchaud argumente \u00e9galement que les Khmers rouges ont utilis\u00e9 dans leur propagande des images bouddhiques, des mots ou encore des adages. Il \u00e9tablit par exemple un parall\u00e8le entre la roue de la r\u00e9volution\u00a0dont les Khmers rouges disaient qu&rsquo;elle \u00e9crase la main ou le pied qui se met en travers, de la m\u00eame mani\u00e8re que la roue de Bouddha,\u00a0la roue de la\u00a0loi,\u00a0\u00e9crase l&rsquo;ignorance.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>La place du Vietnam<\/strong><\/p>\n<p>Pour comprendre les relations du Cambodge avec le Vietnam et avec la Chine, Fran\u00e7ois Ponchaud recommande vivement la lecture des <em>Fr\u00e8res ennemis<\/em> de Nayan Chanda avant de pr\u00e9senter un condens\u00e9 des enjeux\u00a0: le Vietnam communiste voulait unifier l&rsquo;Indochine, les Khmers rouges refusaient de passer sous le contr\u00f4le des Vietnamiens \u00e0 qui ils r\u00eavaient de reprendre le Kampuch\u00e9a krom (au sud du pays). Sans compter le probl\u00e8me des fronti\u00e8res sur les \u00eeles du golfe de Tha\u00eflande. \u00ab\u00a0Au tribunal, Duch a dit \u00e0 Nayan Chanda\u00a0: &lsquo;Nous ne sommes pas fr\u00e8res ennemis, nous sommes ennemis&rsquo;. Pour les Khmers rouges, tout ce qui est mauvais vient des Vietnamiens. [&#8230;] Mais quand Nayan Chanda a t\u00e9moign\u00e9 sur les attaques khm\u00e8res rouges au Vietnam, il a dit qu&rsquo;il n&rsquo;avait jamais vu tant de brutalit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Thiounn Mumm,\u00a0cerveau de la r\u00e9volution\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Pour le p\u00e8re Ponchaud, le penseur de la r\u00e9volution cambodgienne n&rsquo;est autre que Thiounn Mumm, le premier polytechnicien cambodgien, qui \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 84\u00a0ans vit dans le Nord de la France.\u00a0Fran\u00e7ois Ponchaud\u00a0a cette intuition. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai dit aux juges du tribunal de le convoquer.\u00a0\u00bb Malheureusement, il ne d\u00e9taille pas\u00a0ce point en conf\u00e9rence. Il dit simplement qu&rsquo;il a demand\u00e9 il y a pr\u00e8s de trois ans \u00e0 Khieu Samphan (ancien pr\u00e9sident du Kampuch\u00e9a d\u00e9mocratique aujourd&rsquo;hui incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 Phnom Penh), qui \u00e9tait le penseur de la r\u00e9volution. Khieu Samphan, aurait r\u00e9pondu\u00a0: \u00ab\u00a0Autrefois je croyais que c&rsquo;\u00e9tait Nuon Chea, plus maintenant\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Thiounn Mumm aurait contribu\u00e9 \u00e0 la formation politique de Pol Pot en France au sein du Cercle marxiste des \u00e9tudiants khmers. Il fut ministre de l&rsquo;Economie et des Finances du gouvernement en exil \u00e0 P\u00e9kin (\u00e0 partir de 1970) avant de prendre, sous le Kampuch\u00e9a d\u00e9mocratique, des fonctions dans le domaine des sciences et techniques, toujours avec le rang de ministre. Cependant il\u00a0est toujours rest\u00e9 en retrait par rapport \u00e0 ses fr\u00e8res Thiounn Prasidh, ambassadeur des Khmers rouges \u00e0 l&rsquo;Onu, et Thiounn Thioeunn, ministre de la Sant\u00e9 des Khmers rouges. Fran\u00e7ois Ponchaud suppose qu&rsquo;il \u00e9tait \u00ab\u00a0l&rsquo;ombre de Pol Pot\u00a0\u00bb. Il sugg\u00e8re\u00a0que le cerveau de ce brillant ing\u00e9nieur aurait pu concevoir le d\u00e9veloppement du syst\u00e8me de digues, de canaux et d&rsquo;irrigation \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du pays.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Ponchaud le\u00a0\u00ab<\/strong> <strong>nouveau Khmer rouge\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Le Cambodge n&rsquo;ayant pas grand chose d&rsquo;industriel, les Khmers rouges veulent le transformer en un immense damier de rizi\u00e8res en ambitionnant des rendements de 3 t\/ha au lieu d&rsquo;une tonne. Par cons\u00e9quent ils font creuser des canaux, construire des digues initiant des chantiers gigantesques, vastes fourmili\u00e8res humaines comme en t\u00e9moignent les images de propagande khm\u00e8re rouge. \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;\u00e9tait pas stupide parce que j&rsquo;ai fait comme eux. Je suis un nouveau Khmer rouge\u00a0\u00bb, plaisante le p\u00e8re Ponchaud en racontant comment il a fait creuser\u00a015 km de canaux et un r\u00e9servoir dans la plus pure inspiration khm\u00e8re rouge. Mais la diff\u00e9rence entre le pr\u00eatre missionnaire et les Khmers rouges est nette\u00a0: pas de mort sur le chantier, les paysans re\u00e7oivent du riz en \u00e9change des travaux et les revenus suppl\u00e9mentaires g\u00e9n\u00e9r\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 ces chantiers vont \u00e0 ceux\u00a0qui ont creus\u00e9.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><em>*<\/em>L&rsquo;\u00e9dition originale en anglais<em> Pol Pot, The History of a Nightmare <\/em>a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en 2004.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Livres de Fran\u00e7ois Ponchaud<\/span><\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Cambodge ann\u00e9e z\u00e9ro, Julliard, 1977, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 par Kailash en 1998<\/p>\n<p>&#8211; La cath\u00e9drale de la rizi\u00e8re, Fayard, 1990<\/p>\n<p>&#8211; Une br\u00e8ve histoire du Cambodge, \u00e9ditions Silo\u00eb, 2007<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Ponchaud a \u00e9galement particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alisation d&rsquo;un livre documentaire pour les jeunes, tr\u00e8s bien fait\u00a0:<\/p>\n<p>J&rsquo;ai v\u00e9cu la guerre du Cambodge, les Khmers rouges, \u00e9crit par Beno\u00eet Fidelin, \u00e9ditions Bayard Jeunesse, 2005.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Sur Fran\u00e7ois Ponchaud\u00a0:<\/span><\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Pr\u00eatre au Cambodge, de Beno\u00eet Fidelin, \u00e9dition Albin Michel, 2000.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A Phnom Penh, le pr\u00eatre missionnaire Fran\u00e7ois Ponchaud donne r\u00e9guli\u00e8rement des conf\u00e9rences sur l\u2019histoire du Cambodge. Sa capacit\u00e9 \u00e0 faire vivre les \u00e9v\u00e9nements, \u00e0 livrer un r\u00e9cit qui fourmille d\u2019anecdotes, et \u00e0 donner des avis tranch\u00e9s rendent ces conf\u00e9rences passionnantes, m\u00eame si l\u2019on n\u2019est pas toujours d\u2019accord avec la lecture qu\u2019il propose.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":381,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[17],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/380"}],"collection":[{"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=380"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/380\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":385,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/380\/revisions\/385"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/381"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=380"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=380"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=380"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}