{"id":811,"date":"2009-08-19T21:38:46","date_gmt":"2009-08-19T14:38:46","guid":{"rendered":"http:\/\/proceskhmersrouges.net\/?p=811"},"modified":"2010-12-01T23:59:01","modified_gmt":"2010-12-01T16:59:01","slug":"la-femme-et-la-fille-du-professeur-phung-ton-face-a-duch","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/?p=811","title":{"rendered":"La femme et la fille du professeur Phung Ton face \u00e0 Duch"},"content":{"rendered":"<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<figure id=\"attachment_810\" aria-describedby=\"caption-attachment-810\" style=\"width: 400px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-810\" title=\"19-08-09-sunthy-ouverture\" src=\"http:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/19-08-09-sunthy-ouverture.jpg\" alt=\"&quot;Certains pourraient penser que je suis ici pour r\u00e9clamer vengeance, ce n\u2019est pas vrai. Je suis ici pour demander justice pour mon mari. Je suis ici pour que soit r\u00e9v\u00e9l\u00e9e la v\u00e9rit\u00e9&quot;, d\u00e9clare Im Sunthy devant la Chambre. (Anne-Laure Por\u00e9e)\" width=\"400\" height=\"262\" srcset=\"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/19-08-09-sunthy-ouverture.jpg 400w, https:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/19-08-09-sunthy-ouverture-300x196.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-810\" class=\"wp-caption-text\">&quot;Certains pourraient penser que je suis ici pour r\u00e9clamer vengeance, ce n\u2019est pas vrai. Je suis ici pour demander justice pour mon mari. Je suis ici pour que soit r\u00e9v\u00e9l\u00e9e la v\u00e9rit\u00e9&quot;, d\u00e9clare Im Sunthy devant la Chambre. (Anne-Laure Por\u00e9e)<\/figcaption><\/figure>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p>Quand Im Sunthy se pr\u00e9sente devant la cour, Duch se l\u00e8ve. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que \u00e7a lui prend. Est-ce par respect pour la femme de Phung Ton\u00a0? Est-ce par crainte\u00a0? Parce qu&rsquo;il a un cas de conscience\u00a0? L&rsquo;\u00e9l\u00e9gante dame au visage doux qu&rsquo;il observe, s&rsquo;assied, crisp\u00e9e. Elle demande l&rsquo;assistance de son aide-soignante pendant la d\u00e9position puis d\u00e9cline quelques informations de rigueur avant d&rsquo;entamer son r\u00e9cit. Le pr\u00e9sident l&rsquo;interrompt pour qu&rsquo;elle s&rsquo;en tienne \u00e0 un relev\u00e9 d&rsquo; identit\u00e9\u00a0: 70 ans, \u00e0 la retraite, vivant \u00e0 Phnom Penh, fille d&rsquo;enseignants, elle a \u00e9pous\u00e9 le 15 juin 1955 le professeur Phung Ton qui est mort \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1977 \u00e0 S21.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Une avocate envahissante<\/strong><\/p>\n<p>Son avocate Silke Studzinsky intervient pour r\u00e9f\u00e9rencer les documents qui justifient sa constitution de partie civile. L&rsquo;\u00e9num\u00e9ration s&rsquo;av\u00e8re laborieuse. L&rsquo;avocate a prouv\u00e9 depuis le d\u00e9but du proc\u00e8s qu&rsquo;elle ne savait pas faire court et efficace. Ce jour, elle manque aussi d&rsquo;\u00e9l\u00e9gance. Plut\u00f4t que de travailler \u00e0 valoriser le t\u00e9moignage de ses clientes et les laisser exprimer par elles-m\u00eames les raisons pour lesquelles elles sont l\u00e0, elle r\u00e9sume leurs motifs. Silke Studzinsky parle trop et parfois mal \u00e0 propos.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Les derniers \u00e9changes<\/strong><\/p>\n<p>Im Sunthy, qui ne se sent pas capable de r\u00e9pondre \u00e0 des questions \u00e0 l&rsquo;issue de sa d\u00e9position, a demand\u00e9 \u00e0 en \u00eatre dispens\u00e9e. Le pr\u00e9sident acc\u00e8de \u00e0 sa requ\u00eate. Elle commence par raconter le d\u00e9part de son mari, premier Cambodgien agr\u00e9g\u00e9 de droit en France et sp\u00e9cialiste du droit maritime, pour l&rsquo;\u00e9tranger en mars 1975. Elle d\u00e9crit l&rsquo;inqui\u00e9tude qui la tient tant qu&rsquo;il n&rsquo;a pas t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 pour lui assurer qu&rsquo;il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 victime d&rsquo;un bombardement. Elle r\u00e9sume leur derni\u00e8re conversation t\u00e9l\u00e9phonique, l&rsquo;attention qu&rsquo;il lui portait ainsi qu&rsquo;\u00e0 ses enfants, preuves concr\u00e8tes de son amour. Avant la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges, elle re\u00e7oit une derni\u00e8re lettre contenant les m\u00eames tendres recommandations.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Un couple uni, solidaire<\/strong><\/p>\n<p>Ensuite, Im Sunthy perd le fil, elle m\u00eale des bribes de l&rsquo;\u00e9vacuation de Phnom Penh \u00e0 la disparition des photos de famille, le t\u00e9moignage du rescap\u00e9 de S21 Ung Pech (qui fut aussi le premier directeur du mus\u00e9e du g\u00e9nocide) au programme quotidien de son mari et \u00e0 son passe-temps favori, la lecture. Puis le r\u00e9cit se structure de nouveau autour de l&rsquo;entraide dans le couple\u00a0: lui qui fait lire des livres de droit \u00e0 sa femme et l&rsquo;aide ensuite \u00e0 en comprendre les enjeux, elle qui l&rsquo;assiste dans ses corrections de copies. \u00ab\u00a0Il comprenait mon caract\u00e8re et cherchait des mani\u00e8res de m&rsquo;aider \u00e0 surmonter mes failles\u00a0\u00bb, glisse-t-elle les doigts ferm\u00e9s sur un mouchoir.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>La souffrance en fil rouge<\/strong><\/p>\n<p>De nouveau le\u00a0r\u00e9cit\u00a0prend une allure\u00a0d\u00e9cousue. De sa relation \u00e0 Phung Ton,\u00a0Im Sunthy\u00a0s&rsquo;engouffre dans la duret\u00e9 du travail sous les Khmers rouges, elle \u00e9bauche le d\u00e9clin de son p\u00e8re trop p\u00e9nible \u00e0 d\u00e9tailler, sa col\u00e8re contre un Khmer rouge qui refuse de le faire soigner, ses sept enfants \u00e0 prot\u00e9ger, la maladie, les morts, le r\u00eave de manger du poulet au gingembre qui lui a valu un envoi en r\u00e9\u00e9ducation, la punition impos\u00e9e par les hommes en noir \u00e0 un enfant qui p\u00eachait trop bien, les critiques qui lui reprochent d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0indisciplin\u00e9e et lib\u00e9rale\u00a0\u00bb. Im Sunthy est poignante dans son apparent d\u00e9sordre. Ces histoires imbriqu\u00e9es les unes dans les autres comme les contes \u00e0 tiroir des <em>Mille et une nuits<\/em>, forment une seule et m\u00eame histoire, une trame unique, tiss\u00e9e par la souffrance. \u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9 heureuse depuis. J&rsquo;ai v\u00e9cu dans la terreur et le traumatisme. Chaque jour, chaque minute, je pense \u00e0 lui.\u00a0\u00bb Les larmes coulent, in\u00e9vitables. L&rsquo;absence de Phung Ton est une cicatrice ouverte. Im Sunthy a appris \u00e0 ses enfants \u00e0 lutter dans la vie et constate avec fiert\u00e9 qu&rsquo;ils ont tous h\u00e9rit\u00e9 de cette qualit\u00e9 propre \u00e0 leur p\u00e8re. De son c\u00f4t\u00e9, elle \u00ab\u00a0survit\u00a0\u00bb comme elle dit.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>La v\u00e9rit\u00e9, pas la vengeance<\/strong><\/p>\n<p>Fatigu\u00e9e de remuer le pass\u00e9, elle\u00a0puise ce qu&rsquo;il lui\u00a0reste d&rsquo;\u00e9nergie pour conclure sur ce qu&rsquo;elle attend du tribunal. \u00ab\u00a0Certains pourraient penser que je suis ici pour r\u00e9clamer vengeance, ce n&rsquo;est pas vrai. Je suis ici pour demander justice pour mon mari. Je suis ici pour que soit r\u00e9v\u00e9l\u00e9e la v\u00e9rit\u00e9, pour qu&rsquo;on dise pourquoi tous ces gens ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, pourquoi toute cette barbarie inflig\u00e9e aux victimes. Est-ce par qu\u00eate du pouvoir\u00a0? Est-ce par convoitise personnelle ou est-ce pour d&rsquo;autres raisons\u00a0? Je crois qu&rsquo;un enseignant, un professeur, se doit de faire montre d&rsquo;\u00e9thique, se doit de participer \u00e0 la construction du pays et non pas aspirer au pouvoir personnel.\u00a0\u00bb Duch comprendra s\u00fbrement l&rsquo;allusion au mod\u00e8le \u00e0 suivre. Phung Ton. Son ind\u00e9passable ma\u00eetre.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<figure id=\"attachment_812\" aria-describedby=\"caption-attachment-812\" style=\"width: 400px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-812\" title=\"19-08-09-phung-ton-et-sa-femme\" src=\"http:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/19-08-09-phung-ton-et-sa-femme.jpg\" alt=\"Une s\u00e9rie de photographies parmi lesquelles celle de Phung Ton et sa femme font la transition entre la d\u00e9position de la femme et la d\u00e9position de la fille du professeur. Six mois apr\u00e8s le d\u00e9but du proc\u00e8s, le probl\u00e8me du reflet blanc sur les images n'a toujours pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9solu ! (Anne-Laure Por\u00e9e)\" width=\"400\" height=\"261\" srcset=\"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/19-08-09-phung-ton-et-sa-femme.jpg 400w, https:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/19-08-09-phung-ton-et-sa-femme-300x195.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-812\" class=\"wp-caption-text\">Une s\u00e9rie de photographies parmi lesquelles celle de Phung Ton et sa femme font la transition entre la d\u00e9position de la femme et la d\u00e9position de la fille du professeur. Six mois apr\u00e8s le d\u00e9but du proc\u00e8s, le probl\u00e8me du reflet blanc sur les images n&#39;a toujours pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9solu ! (Anne-Laure Por\u00e9e)<\/figcaption><\/figure>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Phung Ton, pilier de l&rsquo;enfance <\/strong><\/p>\n<p>La d\u00e9position de Sunthary Phung-Guth s&rsquo;ouvre sur les souvenirs d&rsquo;enfance et d&rsquo;adolescence, sur le portrait d&rsquo;un homme bon et juste. \u00ab\u00a0Il nous a enseign\u00e9 les valeurs humaines qu&rsquo;il a d\u00e9fendues toute sa vie.\u00a0 Il nous a montr\u00e9 comment faire la paix entre nous, apr\u00e8s une dispute, et n&rsquo;en garder aucune rancune. Il nous a enseign\u00e9 l&rsquo;indulgence, montr\u00e9 ce qu&rsquo;est la dignit\u00e9 humaine, pas seulement par des mots mais par des actes quotidiens. Il \u00e9tait pour nous un mod\u00e8le que nous aimions et que nous respections.\u00a0\u00bb Plus tard elle ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Mon p\u00e8re pouvait r\u00e9pondre \u00e0 toutes mes questions sur le fonctionnement du monde. Il m&rsquo;a expliqu\u00e9 le sens de la vie et le respect des autres, la notion du bien et du mal. Il m&rsquo;a donn\u00e9 des conseils sur ma vie quotidienne et il voulait toujours que moi aussi, sa seule fille, je fasse de bonnes \u00e9tudes et que je profite de l&rsquo;\u00e9ducation la plus \u00e9lev\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La proximit\u00e9 de Sunthary Phung-Guth avec son p\u00e8re, \u00e9tay\u00e9e par des souvenirs heureux de protection mutuelle, l&rsquo;am\u00e8ne naturellement \u00e0 se pr\u00e9senter devant ce tribunal \u00ab\u00a0pour lui rendre l&rsquo;honneur et la dignit\u00e9 qu&rsquo;on lui a fait perdre dans les derniers mois de sa vie, au centre S21.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Un r\u00f4le politique pour l&rsquo;homme de droit<\/strong><\/p>\n<p>Phung Ton, professeur, recteur de l&rsquo;universit\u00e9, juriste, a, du fait de ses comp\u00e9tences, \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9 pour remplir certaines t\u00e2ches politiques. Sa fille explique ainsi aux juges qu&rsquo;il a \u00ab\u00a0dirig\u00e9 la commission de r\u00e9daction de la nouvelle constitution en 1973. De la m\u00eame fa\u00e7on, il a d\u00e9fendu les int\u00e9r\u00eats de notre pays au sujet de l&rsquo;\u00eele de Poulo Way revendiqu\u00e9e par le gouvernement du Sud-Vietnam. Un jour, en 1974, il est parti avec des militaires de la marine nationale pour visiter cette \u00eele cambodgienne. Nous avons tous eu tr\u00e8s peur car le pays \u00e9tait en guerre et tout d\u00e9placement \u00e9tait dangereux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lorsque Phung Ton s&rsquo;envole pour la Suisse en mars 1975, il est missionn\u00e9 notamment pour aller discuter du litige concernant cette fameuse \u00eele de Poulo Way dans une conf\u00e9rence sur le droit maritime.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>1968\u00a0: Phung Ton accus\u00e9 d&rsquo;\u00eatre Khmer rouge<\/strong><\/p>\n<p>La nuit du 16 ao\u00fbt 1968 reste un traumatisme dans la m\u00e9moire de Sunthary Phung-Guth. Des policiers investissent la maison, fouillent partout, listent les livres, les revues que lit le professeur. \u00ab\u00a0Je me suis lev\u00e9e, j&rsquo;\u00e9tais affol\u00e9e, je tremblais de peur. Je suis rest\u00e9e pr\u00e8s de mon p\u00e8re en le tenant tr\u00e8s fort. [&#8230;] Le lendemain matin, j&rsquo;ai vu que maman pleurait, mes grands-parents avaient l&rsquo;air tristes et pr\u00e9occup\u00e9s\u00a0; j&rsquo;ai tout de suite compris que mon p\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9. J&rsquo;ai eu tr\u00e8s peur, car depuis plusieurs mois on voyait \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision et aussi au cin\u00e9ma que des gens \u00e9taient arr\u00eat\u00e9s et ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 Trapeang Kralang, dans la province de Kompong Speu.\u00a0\u00bb Sa notori\u00e9t\u00e9 et les pressions politiques le sauvent des foudres du r\u00e9gime de Sihanouk. Il passe un mois en prison puis rentre chez lui o\u00f9 il est plac\u00e9 en r\u00e9sidence surveill\u00e9e pendant trois mois. \u00ab\u00a0Cet \u00e9v\u00e9nement m&rsquo;a beaucoup marqu\u00e9e, insiste sa fille. Comment un homme si s\u00e9rieux, si d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 son travail, un bon p\u00e8re de famille comme lui a-t-il pu \u00eatre trait\u00e9 de la sorte et accus\u00e9 d&rsquo;\u00eatre un \u00ab\u00a0Khmer Rouge\u00a0\u00bb alors qu&rsquo;il d\u00e9fendait simplement des id\u00e9aux de justice, d&rsquo;honn\u00eatet\u00e9, de libert\u00e9, d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation pour les enfants des pauvres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<figure id=\"attachment_813\" aria-describedby=\"caption-attachment-813\" style=\"width: 400px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-813\" title=\"19-08-09-sunthary\" src=\"http:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/19-08-09-sunthary.jpg\" alt=\"Sunthary Phung-Guth souhaite longue vie \u00e0 l'accus\u00e9 afin &quot;qu\u2019il se rende compte que les crimes qu\u2019il a commis contre mon p\u00e8re, contre toutes les victimes, contre l\u2019humanit\u00e9 sont aussi des crimes contre ses propres enfants et petits-enfants, qui font eux aussi partie du monde des humains&quot;. (Anne-Laure Por\u00e9e)\" width=\"400\" height=\"533\" srcset=\"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/19-08-09-sunthary.jpg 400w, https:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/19-08-09-sunthary-225x300.jpg 225w\" sizes=\"(max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-813\" class=\"wp-caption-text\">Sunthary Phung-Guth souhaite longue vie \u00e0 l&#39;accus\u00e9 afin &quot;qu\u2019il se rende compte que les crimes qu\u2019il a commis contre mon p\u00e8re, contre toutes les victimes, contre l\u2019humanit\u00e9 sont aussi des crimes contre ses propres enfants et petits-enfants, qui font eux aussi partie du monde des humains&quot;. (Anne-Laure Por\u00e9e)<\/figcaption><\/figure>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Le dernier regard<\/strong><\/p>\n<p>Un autre souvenir marquant pour Sunthary Phung-Guth est le d\u00e9part de son p\u00e8re pour la Suisse en mars 1975. \u00ab\u00a0Il m&rsquo;a regard\u00e9e sans dire un mot. Cette fa\u00e7on de partir \u00e9tait \u00e9trange et diff\u00e9rente des autres voyages. Quand je revois cette sc\u00e8ne maintenant, je suis convaincue que mon p\u00e8re avait pressenti les mauvais \u00e9v\u00e9nements futurs qui allaient se produire. [&#8230;] C&rsquo;est la derni\u00e8re fois que j&rsquo;ai vu mon p\u00e8re et son regard reste toujours pr\u00e9sent dans mon esprit. Il y avait dans ce regard toute la tristesse et la profonde inqui\u00e9tude d&rsquo;un homme, d&rsquo;un p\u00e8re qui \u00e9tait dans l&rsquo;impuissance de dire le moindre mot.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Un sale r\u00eave<\/strong><\/p>\n<p>Le 17 avril 1975, Phung Ton n&rsquo;est pas encore rentr\u00e9 au Cambodge, sa famille est expuls\u00e9e de Phnom Penh. \u00ab\u00a0Comme les jeunes de mon \u00e2ge, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 affect\u00e9e aux groupes mobiles, j&rsquo;ai travaill\u00e9 tr\u00e8s dur, j&rsquo;ai souffert de la faim, de la peur, j&rsquo;ai \u00e9chapp\u00e9 au viol par miracle, au mariage forc\u00e9, et j&rsquo;ai surv\u00e9cu. Chaque jour et chaque nuit mon p\u00e8re m&rsquo;a manqu\u00e9 pour surmonter les grandes difficult\u00e9s pendant le r\u00e9gime des Khmers Rouges.\u00a0\u00bb Le savoir en s\u00e9curit\u00e9 en France la rassure cependant. Jusqu&rsquo;en juillet 1977. \u00ab\u00a0Une nuit j&rsquo;ai fait un r\u00eave bizarre\u00a0; j&rsquo;ai vu mon p\u00e8re de dos, enfl\u00e9, la peau noire, une image de mon p\u00e8re dans un mauvais \u00e9tat physique, ou pire, mort. Quand j&rsquo;ai racont\u00e9 mon r\u00eave \u00e0 ma grand-m\u00e8re, elle s&rsquo;est f\u00e2ch\u00e9e et m&rsquo;a fait des reproches en m&rsquo;ordonnant de me taire, de ne parler de cela \u00e0 personne. J&rsquo;ai souvent pens\u00e9 \u00e0 ce r\u00eave, j&rsquo;ai essay\u00e9 d&rsquo;en comprendre le sens, je ne l&rsquo;ai compris que bien plus tard. Quand j&rsquo;y songe, j&rsquo;en suis horrifi\u00e9e.\u00a0\u00bb La derni\u00e8re trace de Phung Ton \u00e0 S21 date en effet du 6 juillet 1977, il est dans un \u00e9tat de sant\u00e9 catastrophique.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Un sinistre papier d&#8217;emballage<\/strong><\/p>\n<p>A la chute du r\u00e9gime khmer rouge, alors que la famille s&rsquo;installe \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Phnom Penh pour trouver de quoi manger, la m\u00e8re de Sunthary rencontre une cousine qui lui annonce que son mari est rentr\u00e9 au Cambodge et qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9. Mais comment y croire\u00a0? Fin avril 1975, un oncle en poste au minist\u00e8re de l&rsquo;Education, glisse une allusion similaire lors d&rsquo;une visite. Parmi la famille, les amis, la liste des disparus s&rsquo;allonge. Concernant Phung Ton, des informations contradictoires parviennent, certains l&rsquo;ont aper\u00e7u dans un camp, d&rsquo;autres sur la route de Siem Reap. Sa mort est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e d&rsquo;une mani\u00e8re inattendue, au retour de chez une cousine. \u00ab\u00a0Maman a vu une paysanne qui vendait du sucre de palme. Elle lui a donn\u00e9 un peu de riz contre du sucre. La paysanne a emball\u00e9 le sucre de palme dans une feuille de papier imprim\u00e9e. Comme nous n&rsquo;avions plus vu de journal depuis 1975, nous avons d\u00e9pli\u00e9 cette feuille et avons vu la photo de mon p\u00e8re, parmi d&rsquo;autres photos de victimes de Toul Sleng.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Il connaissait la plupart des dirigeants khmers rouges\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Avec l&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9 vient l&rsquo;incompr\u00e9hension. \u00ab\u00a0Sur cette photo, mon p\u00e8re \u00e9tait m\u00e9connaissable, amaigri, les yeux vides, portant autour de son cou, un \u00e9criteau avec le num\u00e9ro 17. Mais comme il connaissait la plupart des dirigeants khmers rouges, nous ne comprenions pas comment cela pouvait \u00eatre possible. Ces gens \u00e9taient soit d&rsquo;anciens \u00e9l\u00e8ves (dont Mam Nay et Kain Guek Eav) soit des coll\u00e8gues professeurs, comme Son Sen ou Khieu Samphan. Quant \u00e0 Ieng Sary et son \u00e9pouse, ils nous connaissaient tr\u00e8s bien et habitaient \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres de chez nous. C&rsquo;\u00e9tait pour nous inimaginable que ces intellectuels aient pu \u00eatre responsables de la mort de mon p\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Pas de s\u00e9pulture mais des documents<\/strong><\/p>\n<p>Evidemment, les deux femmes se rendent au mus\u00e9e du g\u00e9nocide de Toul Sleng pour v\u00e9rifier que Phung Ton y a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenu. Elles en repartent avec un d\u00e9sespoir sans fond, l&rsquo;odeur de la mort et leur dose de cauchemars pour trente ans. \u00ab\u00a0Souvent je pensais \u00e0 cette p\u00e9riode de souffrance que j&rsquo;ai travers\u00e9e et \u00e0 la disparition de mon p\u00e8re dans cette prison de la mort de Toul Sleng. Il n&rsquo;a m\u00eame pas eu droit \u00e0 une s\u00e9pulture digne, ces restes gisent dans une fosse commune, anonymes. Ceci est inacceptable pour moi, sa fille.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 Ung Pech, directeur du mus\u00e9e du g\u00e9nocide, elles obtiennent quelques mois plus tard des documents collect\u00e9s dans les archives de S21 qui, en plus de la photographie, authentifient l&rsquo;incarc\u00e9ration de Phung Ton et constituent aujourd&rsquo;hui la mati\u00e8re de leur dossier de parties civiles.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Les recherches lanc\u00e9es avec le tribunal<\/strong><\/p>\n<p>Quand la mise en place d&rsquo;un tribunal est annonc\u00e9e au Cambodge, Sunthary Phung-Guth et son mari se lancent dans des recherches tous azimuts sur le parcours de Phung Ton depuis son d\u00e9part de Suisse jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort \u00e0 S21. Ils rencontrent des journalistes, des historiens, des connaissances qui ont crois\u00e9 Phung Ton en Europe ou dans les premiers mois apr\u00e8s son arriv\u00e9e au Cambodge. Ce qu&rsquo;ils recueillent permet de comprendre que le professeur est revenu pour sa femme et ses enfants comme en t\u00e9moigne l&rsquo;extrait d&rsquo;une lettre adress\u00e9e \u00e0 son ami Claude Gour et lue par Sunthary Phung-Guth devant la cour\u00a0: \u00ab\u00a0<em>J&rsquo;ai une famille nombreuse que je ne pourrai accepter de livrer \u00e0 son sort, m\u00eame momentan\u00e9ment. Ce serait criminel de ma part. &#8230;La nouvelle de l&rsquo;exode forc\u00e9 ordonn\u00e9 par les Khmers rouges en pleine nuit m&rsquo;a profond\u00e9ment boulevers\u00e9&#8230;Vous pouvez imaginer les sc\u00e8nes de l&rsquo;exode et l&rsquo;angoisse qui me saisit&#8230; Pour ma part je tiens \u00e0 rester avec ma famille et partager son sort. Que les nouveaux dirigeants au pouvoir m&#8217;emprisonnent ou me tuent, cela m&rsquo;importe peu, pourvu que je puisse revoir ma femme et mes enfants.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Au terme de toutes ces recherches, ils savent \u00e9galement que Phung Ton a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 au centre K15 puis \u00e0 K6, Talei et Boeung Trabeck jusqu&rsquo;\u00e0 la date fatidique du 12 d\u00e9cembre 1976, o\u00f9 il est incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 S21.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Les d\u00e9ductions de la famille<\/strong><\/p>\n<p>Sur la base des documents d&rsquo;archives de S21 et des d\u00e9clarations faites par diff\u00e9rents protagonistes devant les juges, Sunthary Phung-Guth d\u00e9duit un certain nombre de choses. D&rsquo;abord que la confession de son p\u00e8re a disparu. \u00ab\u00a0Mon p\u00e8re a surv\u00e9cu presque sept mois \u00e0 S21. Personne ne reste aussi longtemps \u00e0 S21 sans faire de confessions. Selon le t\u00e9moignage des interrogateurs, en g\u00e9n\u00e9ral les prisonniers ne survivaient qu&rsquo;environ deux mois et \u00e9taient tu\u00e9s apr\u00e8s avoir r\u00e9dig\u00e9 leur confession.\u00a0\u00bb Elle \u00e9corche au passage les avocats de la d\u00e9fense qui ont effray\u00e9 des t\u00e9moins-cl\u00e9s comme Mam Nay en invoquant les menaces de poursuites. \u00ab\u00a0Ces menaces vont \u00e0 l&rsquo;encontre de la volont\u00e9 du peuple cambodgien de conna\u00eetre un jour la v\u00e9rit\u00e9 et d&rsquo;\u00e9crire l&rsquo;histoire du Cambodge m\u00eame dans ses heures les plus sombres.\u00a0\u00bb Enfin elle conclut que l&rsquo;accus\u00e9 \u00e9tait tenu au courant du cas de Phung Ton. Elle se base pour cela sur le rapport m\u00e9dical r\u00e9dig\u00e9 le 6 juillet 1977 relatant l&rsquo;\u00e9tat du professeur en proie aux diarrh\u00e9es, aux insuffisances respiratoires&#8230; \u00ab\u00a0Il est \u00e9vident que compte tenu de la personnalit\u00e9 de mon p\u00e8re, ce rapport m\u00e9dical a imm\u00e9diatement \u00e9t\u00e9 remis \u00e0 l&rsquo;accus\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Le\u00e7on de calcul<\/strong><\/p>\n<p>Alors que le matin sa voix chevrotait d&rsquo;\u00e9motion, Sunthary Phung-Guth a gagn\u00e9 en assurance apr\u00e8s la pause du d\u00e9jeuner. Elle pointe du doigt les contradictions opportunistes de l&rsquo;accus\u00e9, ironisant sur l&rsquo;ancien professeur de math\u00e9matiques qui ne sait pas compter. \u00ab\u00a0L&rsquo;accus\u00e9 est familier du raisonnement math\u00e9matique, il comprendra comme chacun de nous, que mon p\u00e8re, incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 S21 le 12 d\u00e9cembre 1976, vu vivant pour la derni\u00e8re fois le 6 juillet 1977, n&rsquo;a ni s\u00e9journ\u00e9 deux\u00a0 mois comme la plupart des prisonniers, ni vingt mois comme l&rsquo;accus\u00e9 l&rsquo;a d\u00e9clar\u00e9 pour embrouiller les faits et d\u00e9gager sa responsabilit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Quelques contradictions de l&rsquo;accus\u00e9 en exergue<\/strong><\/p>\n<p>Le plus choquant, aux yeux de la fille de Phung Ton, c&rsquo;est notamment ce refus de Duch d&rsquo;admettre la d\u00e9tention du professeur de droit \u00e0 S21. Elle cite ses d\u00e9clarations le 10 juillet 2008\u00a0: \u00ab\u00a0Par le pass\u00e9, j&rsquo;ai ni\u00e9 syst\u00e9matiquement que le professeur Phung Ton \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 S21. Apr\u00e8s avoir vu sa photo \u00e0 Choeung Ek et \u00e0 Toul Sleng, j&rsquo;ai reconsid\u00e9r\u00e9 cette question.\u00a0\u00bb Or lors d&rsquo;un entretien qu&rsquo;elle a men\u00e9 \u00e0 S21 avec Prak Khan (ancien interrogateur), Him Huy (ancien chef de gardes), Nhiep Ho (ancien\u00a0garde), ils lui confirmaient que \u00ab\u00a0le seul qui sait tout sur le cas de mon p\u00e8re, c&rsquo;est l&rsquo;accus\u00e9 lui-m\u00eame, le directeur de cette prison de la mort\u00a0\u00bb. Trois contre un.<\/p>\n<p>Son p\u00e8re a-t-il subi la torture\u00a0? L\u00e0 encore l&rsquo;accus\u00e9 se contredit. D\u00e9claration num\u00e9ro 1\u00a0: \u00ab\u00a0Je reconnais que le professeur Phung Ton a vraiment souffert \u00e0 S21, et ce, d&rsquo;une mani\u00e8re inhumaine. Je reconnais tous les crimes que S21 a commis envers le professeur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e9claration num\u00e9ro 2 au chapitre 6 du m\u00eame document intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Pr\u00e9cisions concernant le professeur Phung Ton\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Il n&rsquo;y avait pas de tortures lors des interrogatoires pr\u00e9liminaires. Je connaissais tr\u00e8s bien fr\u00e8re Mam Nay, il employait tr\u00e8s rarement la torture.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pourtant aucun survivant de M13 ou de S21 n&rsquo;a le souvenir que Mam Nay (chef des interrogateurs), alias Chan, \u00e9tait doux comme un agneau.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>D\u00e9fiance<\/strong><\/p>\n<p>Sunthary Phung-Ton ne croit pas aux efforts de Duch pour \u00ab\u00a0aider \u00e0 la manifestation de la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb. Ses d\u00e9positions comme celles des anciens membres du personnel de S21 ne lui ont apport\u00e9 aucune r\u00e9ponse sur le cas pr\u00e9cis de son p\u00e8re, ses conditions de d\u00e9tention, sa mort. \u00ab\u00a0L&rsquo;accus\u00e9 conna\u00eet tr\u00e8s bien les r\u00e9ponses \u00e0 mes questions. S&rsquo;il pr\u00e9tend ne rien savoir alors il n&rsquo;est pas le grand chef des services secrets que l&rsquo;on d\u00e9crit, le directeur m\u00e9ticuleux de S21. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;une marionnette, un l\u00e2che.\u00a0\u00bb Elle le regarde droit dans les yeux en lan\u00e7ant ses fl\u00e8ches. Agac\u00e9, Duch soutient son regard.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Longue vie \u00e0 l&rsquo;accus\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Avant de poser ses trois questions, elle le pr\u00e9vient qu&rsquo;elle ne se contentera pas de r\u00e9ponses g\u00e9n\u00e9rales sur le Kampuch\u00e9a d\u00e9mocratique ni d&rsquo;un \u00ab\u00a0transfert de responsabilit\u00e9s sur les leaders d\u00e9j\u00e0 morts\u00a0\u00bb. Et s&rsquo;il se d\u00e9file, elle lui \u00ab\u00a0ferme \u00e0 tout jamais les portes du pardon\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Douch peut mentir, cacher la v\u00e9rit\u00e9 pour diverses raisons, mais il ne peut pas tromper l&rsquo;\u00e2me de mon p\u00e8re, poursuit-elle. Je souhaite que l&rsquo;accus\u00e9 vive longtemps, en bonne sant\u00e9, de fa\u00e7on \u00e0 ce que plac\u00e9 devant sa conscience il finisse par redevenir humain au sens noble du terme. Je souhaite qu&rsquo;il se rende compte que les crimes qu&rsquo;il a commis contre mon p\u00e8re, contre toutes les victimes, contre l&rsquo;humanit\u00e9 sont aussi des crimes contre ses propres enfants et petits-enfants, qui font eux aussi partie du monde des humains.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;id\u00e9ologie, pas le karma<\/strong><\/p>\n<p>La d\u00e9position se termine sur un hommage au p\u00e8re \u00e9videmment et une adresse au peuple cambodgien. \u00ab\u00a0Tout ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 sous le r\u00e9gime du Kampuch\u00e9a d\u00e9mocratique n&rsquo;a absolument rien \u00e0 voir avec la notion de karma (<em>kamphal<\/em>) enseign\u00e9e par le bouddhisme.<\/p>\n<p>Je suis bouddhiste comme mes concitoyens et ce r\u00e9gime sanguinaire \u00e9tait dirig\u00e9 par un clan qui s&rsquo;appuyait sur une id\u00e9ologie d\u00e9mente et satanique. L&rsquo;utilisation de principes et de croyances bouddhiques ou de toute autre religion pour minimiser la faute des dirigeants de ce r\u00e9gime est totalement inacceptable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;accus\u00e9 ne r\u00e9pond pas<\/strong><\/p>\n<p>Duch est ensuite invit\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre aux trois questions qu&rsquo;elle a pr\u00e9par\u00e9es. \u00ab\u00a0Qui a pris la d\u00e9cision d&rsquo;assassiner mon p\u00e8re le 6 juillet 1977 ou peu apr\u00e8s\u00a0?\u00a0\u00bb Duch ne peut pas r\u00e9pondre, assure-t-il, parce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas de documents sur lesquels se baser pour trouver des informations sur la d\u00e9tention de Phung Ton. Quelle torture a subi Phung Ton\u00a0? Pas de r\u00e9ponse non plus. Attention\u00a0! L&rsquo;accus\u00e9 parle mais il endosse son r\u00f4le de roi de la digression et noie le poisson. Qui a ordonn\u00e9 le transfert de Phung Ton \u00e0 S21\u00a0? M\u00eame strat\u00e9gie que pr\u00e9c\u00e9demment sauf que cette fois-ci Duch s&#8217;emm\u00eale les pinceaux. Il fait comprendre que quand Phung Ton est arr\u00eat\u00e9, lui n&rsquo;est que directeur adjoint. Ce qui n&rsquo;est pas possible d&rsquo;apr\u00e8s la date d&rsquo;entr\u00e9e du professeur de droit \u00e0 S21. D\u00e8s qu&rsquo;elle a la parole, l&rsquo;avocate Silke Studzinsky rebondit sur cette erreur. \u00ab\u00a0L&rsquo;incarc\u00e9ration de Phung Ton a bel et bien eu lieu alors que Duch \u00e9tait directeur de S21\u00a0\u00bb, confirme sa cliente surprise que Duch se fourvoie \u00e0 ce point.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Duch, animal politique<\/strong><\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident de la cour Nil Nonn est curieux de savoir comment l&rsquo;accus\u00e9 va expliquer cette incoh\u00e9rence. Accul\u00e9, Duch a la r\u00e9action d&rsquo;un animal politique. Il se tourne vers l&rsquo;ar\u00e8ne. Il s&rsquo;adresse au public en s&rsquo;excusant d&rsquo;une r\u00e9ponse \u00ab\u00a0un peu longue\u00a0\u00bb. Les villageois qui si\u00e8gent dans la salle ne le quittent pas des yeux. Il s&#8217;embarque dans une diatribe sur les six personnes pour lesquelles il avait du respect avant 1970. Phung Ton en faisait partie. Mais Duch s&rsquo;appesantit sur le cas de Chau Seng dont il rappelle qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait disput\u00e9 avec Lon Nol en arguant que lui se battait avec un stylo, pas avec un fusil. Cet ancien professeur et d\u00e9put\u00e9 de Phnom Penh qui avait assum\u00e9 diff\u00e9rentes charges minist\u00e9rielles sous le Sangkum Reastr Niyum a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9 \u00e0 S21 le 18 novembre 1977. \u00ab\u00a0Le parti communiste du Kampuch\u00e9a me l&rsquo;a envoy\u00e9, je n&rsquo;ai rien pu faire, simplement lui donner un logement d\u00e9cent et suffisamment \u00e0 manger. Bien \u00e9videmment je n&rsquo;aurais pas demand\u00e9 \u00e0 \u00e9pargner mon professeur mais je faisais en sorte qu&rsquo;il puisse vivre dans des conditions plus d\u00e9centes.\u00a0\u00bb Duch poursuit ensuite quelque petite histoire que personne ne comprend avant d&rsquo;en venir aux faits.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Le bouclier Mam Nay<\/strong><\/p>\n<p>Pour commencer, Duch rappelle que les dates figurant sur les documents de S21 ne sont \u00ab\u00a0pas toujours exactes\u00a0\u00bb. Il respire bruyamment. Ce tic nerveux des grandes lap\u00e9es d&rsquo;air qui sonnent comme des sanglots \u00e9touff\u00e9s \u00e9taient syst\u00e9matiques au d\u00e9but du proc\u00e8s mais lui avaient pass\u00e9 au fil des audiences. En voil\u00e0 une qui r\u00e9appara\u00eet intempestivement. Apr\u00e8s quoi il se d\u00e9file sur son ancien adjoint Mam Nay qui \u00ab\u00a0connaissait tr\u00e8s bien cette personne\u00a0\u00bb.A propos de l&rsquo;incoh\u00e9rence des dates, il sugg\u00e8re que \u00ab\u00a0Mam Nay est peut-\u00eatre la seule personne qui puisse nous \u00e9clairer sur les dates et sur le sort qu&rsquo;a connu monsieur Phung Ton. Peut-\u00eatre utilisez cette source-ci pour contribuer \u00e0 la manifestation de la v\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mam Nay est le t\u00e9moin qui a le plus ouvertement menti au tribunal. Duch ne l&rsquo;a pas charg\u00e9. Pour s\u00fbr Mam Nay le lui rendra par un silence de plomb.<\/p>\n<p>Dans une derni\u00e8re phrase perverse, l&rsquo;accus\u00e9 invite Sunthary Phung-Ton \u00e0 continuer son travail de recherche de la v\u00e9rit\u00e9. \u00ab\u00a0C&rsquo;est votre travail et c&rsquo;est \u00e9galement celui que j&rsquo;entreprends.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;objet de l&rsquo;audience d\u00e9tourn\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Le juge Jean-Marc Lavergne requiert quelques pr\u00e9cisions sur le cas de Chau Seng qui a, semble-t-il, b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;un traitement de faveur \u00e0 S21. Oui, Duch est intervenu pour adoucir les conditions de d\u00e9tention. \u00ab\u00a0Je soutenais Chau Seng\u00a0\u00bb plaide-t-il en s&rsquo;adressant une fois encore au public. Un procureur ou un avocat un brin impertinent lui aurait\u00a0demand\u00e9 s&rsquo;il a des documents pour le prouver&#8230;\u00a0 Duch poursuit : \u00ab\u00a0Mais pour le professeur je ne savais pas.\u00a0\u00bb Le juge Lavergne se renseigne sur ce qu&rsquo;est devenu Chau Seng, Duch l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 plusieurs fois depuis le d\u00e9but du proc\u00e8s\u00a0: \u00ab\u00a0J&rsquo;ai re\u00e7u par ordre de Nuon Chea de faire ex\u00e9cuter Chau Seng\u00a0\u00bb. Il r\u00e9ussit son coup. D&rsquo;une audience consacr\u00e9e \u00e0 Phung Ton, il a, l&rsquo;air de rien, amen\u00e9 les d\u00e9bats sur Chau Seng. Un mort qui, lui, n&rsquo;a pas de porte-parole dans ce pr\u00e9toire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Im Sunthy et sa fille Sunthary Phung-Guth si\u00e8gent sur le banc des parties civiles depuis le d\u00e9but du proc\u00e8s, prenant des notes \u00e0 chaque audience. Mais ce mercredi 19 ao\u00fbt elles ont parl\u00e9 face aux juges pour dessiner le portrait de Phung Ton, ancien recteur de l\u2019universit\u00e9 de Phnom Penh qui a hant\u00e9 certains jours le pr\u00e9toire et fait craquer Duch. Mais pas aujourd\u2019hui. L\u2019accus\u00e9 campe sur ses positions. La famille Phung n\u2019obtient aucune r\u00e9ponse.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":810,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[17],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/811"}],"collection":[{"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=811"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/811\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1120,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/811\/revisions\/1120"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/810"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=811"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=811"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=811"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}