{"id":832,"date":"2009-08-20T07:39:57","date_gmt":"2009-08-20T00:39:57","guid":{"rendered":"http:\/\/proceskhmersrouges.net\/?p=832"},"modified":"2010-12-01T23:58:02","modified_gmt":"2010-12-01T16:58:02","slug":"chum-sirath-leve-le-voile-sur-l%e2%80%99imposture-de-duch","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/?p=832","title":{"rendered":"Chum Sirath l\u00e8ve le voile sur l\u2019imposture de Duch"},"content":{"rendered":"<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<div><strong> <\/strong><\/div>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<div><strong> <\/strong><\/div>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<div><strong> <\/strong><\/div>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<figure id=\"attachment_833\" aria-describedby=\"caption-attachment-833\" style=\"width: 400px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><strong><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-833\" title=\"20-08-09-sirath-ouv\" src=\"http:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/20-08-09-sirath-ouv.jpg\" alt=\"Chum Sirath am\u00e8ne la contradiction \u00e0 Duch. Sa prestance et sa p\u00e9dagogie portent ombrage \u00e0 l'accus\u00e9. (Anne-Laure Por\u00e9e)\" width=\"400\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/20-08-09-sirath-ouv.jpg 400w, https:\/\/proceskhmersrouges.net\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/20-08-09-sirath-ouv-300x225.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/strong><figcaption id=\"caption-attachment-833\" class=\"wp-caption-text\">Chum Sirath am\u00e8ne la contradiction \u00e0 Duch. Sa prestance et sa p\u00e9dagogie portent ombrage \u00e0 l&#39;accus\u00e9. (Anne-Laure Por\u00e9e)<\/figcaption><\/figure>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong><br class=\"spacer_\" \/><\/strong><\/p>\n<p><strong><br class=\"spacer_\" \/><\/strong><\/p>\n<p><strong><br class=\"spacer_\" \/><\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Un exemple d&rsquo;ascension sociale<\/strong><\/p>\n<p>Chum Sirath, 68\u00a0ans, incarne le parcours exemplaire d&rsquo;un self made man. Il est n\u00e9 dans une famille pauvre, cinqui\u00e8me enfant d&rsquo;une fratrie de huit. Pour eux les \u00e9tudes constituent le seul espoir d&rsquo;ascension sociale. En 1960, Chum Sirath b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une bourse d&rsquo;\u00e9tude en France. Il y restera huit ans, sans avoir les moyens de revenir au Cambodge, y compris au d\u00e9c\u00e8s de son p\u00e8re en 1964. A son retour au pays, dipl\u00f4me de la prestigieuse Ecole nationale sup\u00e9rieure des t\u00e9l\u00e9coms de Paris en poche, il entame une brillante carri\u00e8re dans les t\u00e9l\u00e9communications qui le m\u00e8ne d&rsquo;un minist\u00e8re cambodgien aux Nations unies \u00e0 Gen\u00e8ve. En 1974, quelques mois avant la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges il d\u00e9m\u00e9nage en Europe. Il encha\u00eene ensuite les postes \u00e0 responsabilit\u00e9 en Asie et dirige aujourd&rsquo;hui sa propre entreprise au Cambodge.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Reconnaissance et regrets \u00e0 vie<\/strong><\/p>\n<p>Si Chum Sirath r\u00e9sume son histoire, c&rsquo;est parce qu&rsquo;elle est intimement li\u00e9e \u00e0 celle de son fr\u00e8re cadet Narith, enseignant, qui a renonc\u00e9 \u00e0 sa bourse d&rsquo;\u00e9tude en France pour subvenir aux besoins de sa famille au Cambodge et permettre aux autres de tracer leur route. Si Chum Sirath raconte son parcours c&rsquo;est aussi parce qu&rsquo;en novembre 1974, quand il s&rsquo;installe \u00e0 Gen\u00e8ve, il pr\u00e9voit de faire venir sa famille, notamment son fr\u00e8re Sinareth. \u00ab\u00a0Mais en avril 1975, tout a chang\u00e9. Mon r\u00eave et mes espoirs se sont \u00e9vanouis. Et cela je le regretterai toute ma vie. A l&rsquo;\u00e9poque je n&rsquo;ai pas \u00e9t\u00e9 assez malin ou pas assez vif, je n&rsquo;ai pas compris que la situation du Cambodge, plong\u00e9 dans la guerre, allait encore s&rsquo;aggraver les mois suivants. J&rsquo;ai fait un mauvais calcul quant \u00e0 la situation, c&rsquo;est quelque chose que je regrette encore aujourd&rsquo;hui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Deux fr\u00e8res bien assortis<\/strong><\/p>\n<p>Sinareth \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque est \u00e9tudiant en m\u00e9decine, il prend particuli\u00e8rement soin de sa m\u00e8re, la fait rire pour qu&rsquo;elle oublie ses probl\u00e8mes cardiaques. Il partage aussi une complicit\u00e9 particuli\u00e8re avec son a\u00een\u00e9 Narith. C&rsquo;est cette chaleur familiale que Chum Sirath retrouve \u00e0 son retour de France. Mais trois mois plus tard, Narith est arr\u00eat\u00e9 par la police sp\u00e9ciale qui l&rsquo;accuse d&rsquo;\u00eatre khmer rouge. Chum Sirath tente de rencontrer le ministre de l&rsquo;Education de l&rsquo;\u00e9poque, ministre de tutelle de son fr\u00e8re enseignant, pour lui demander de l&rsquo;aide mais Vann Molyvann ne le re\u00e7oit pas. Chum Sirath parviendra cependant \u00e0 faire lib\u00e9rer son cadet.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Contexte historique<\/strong><\/p>\n<p>Relevant ce qui d\u00e9finit une personne de gauche \u00e0 l&rsquo;heure de Mai 1968, \u00e0 savoir l&rsquo;opposition \u00e0 la guerre, en particulier la guerre du Vietnam, et l&rsquo;opposition \u00e0 l&rsquo;injustice sociale, Chum Sirath constate que les intellectuels cambodgiens \u00e0 cette \u00e9poque sont g\u00e9n\u00e9ralement de gauche. Il compte son fr\u00e8re Narith, attentif aux jeunes et \u00e0 leur \u00e9ducation, parmi ces progressistes sous surveillance. Il rappelle que le professeur Phung Ton est arr\u00eat\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e ainsi que le professeur Keng Vannsak. A l&rsquo;\u00e9poque, se souvient Chum Sirath, des images de l&rsquo;ex\u00e9cution publique de Preap In \u00e9taient montr\u00e9es dans les salles de cin\u00e9ma cambodgiennes. \u00ab\u00a0Tous ceux qui allaient au cin\u00e9ma ne pouvaient ensuite oublier ces images.\u00a0\u00bb Les Cambodgiens \u00e9taient \u00e9galement divis\u00e9s en cat\u00e9gories, dit-il, les Khmers bleus, les Khmers rouges (dont il rappelle que le nom a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par Sihanouk) et les Khmers blancs. \u00ab\u00a0Sous le Kampuch\u00e9a d\u00e9mocratique, on a aussi class\u00e9 les gens en trois cat\u00e9gories\u00a0: agents du KGB ou de la CIA ou sympathisants vietnamiens. Ou bien entre Peuple nouveau et Peuple ancien. Il y avait l\u00e0 d\u00e9j\u00e0 une habitude prise avant le r\u00e9gime du Kampuch\u00e9a d\u00e9mocratique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Critiquer menait \u00e0 S21<\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9pression, le contexte tendu pousse nombre d&rsquo;intellectuels \u00e0 prendre le maquis. Hu Nim, docteur en droit et vice-pr\u00e9sident de l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale, accus\u00e9 d&rsquo;avoir foment\u00e9 avec Khieu Samphan et Hou Youn la r\u00e9volte paysanne de Samlaut en avril 1967, entre dans la clandestinit\u00e9. Narith l&rsquo;y rejoint en 1973 quand le r\u00e9gime de Lon Nol l&rsquo;accuse d&rsquo;avoir organis\u00e9 une manifestation d&rsquo;enseignants pour revendiquer des augmentations de salaire. Il travaille avec lui dans la section de la propagande. Le lien n&rsquo;est pas anodin car Chum Narith est incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 S21 six mois avant son sup\u00e9rieur et son nom appara\u00eet dans la confession de Hu Nim dont Chum Sirath cite un extrait aux juges. \u00ab\u00a0Chum Narith aurait critiqu\u00e9 la politique de collectivisation du r\u00e9gime et il aurait dit que du fait de la collectivisation les m\u00e9dicaments manquaient, la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9 \u00e9tait dor\u00e9navant interdite ce n&rsquo;\u00e9tait pas une bonne chose, aurait dit Chum Narith.\u00a0\u00bb Celui-ci est incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 S21 le 29 octobre 1976.<\/p>\n<p>Pour Chum Sirath, tout concorde\u00a0: \u00ab\u00a0Le 21 juillet 1976 Pol Pot a prononc\u00e9 un discours sur le plan quinquennal de collectivisation de l&rsquo;\u00e9conomie et trois mois plus tard mon fr\u00e8re est arr\u00eat\u00e9.\u00a0\u00bb Cette partie de la confession de Hu Nim semble vraie, m\u00eame si l&rsquo;interrogateur Pon (un ancien enseignant comme Duch) l&rsquo;a tabass\u00e9, car ce passage est \u00ab\u00a0conforme \u00e0 la nature de Narith. Il disait ce qu&rsquo;il pensait\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Les registres disparus<\/strong><\/p>\n<p>Par pudeur autant que par peur d&rsquo;ennuyer ses auditeurs, Chum Sirath ne s&rsquo;\u00e9tend pas sur l&rsquo;histoire de ses fr\u00e8res, il a esquiss\u00e9 leur personnalit\u00e9, leur vie, leurs convictions, ses liens avec eux. Il n&rsquo;insiste pas non plus sur les recherches qu&rsquo;il a men\u00e9es pendant des ann\u00e9es pour reconstituer chacun de leur parcours et r\u00e9cup\u00e9rer des preuves de leur incarc\u00e9ration \u00e0 S21. Il d\u00e9crit simplement les registres qu&rsquo;il a consult\u00e9s en 1993, lors de sa premi\u00e8re visite du mus\u00e9e de Toul Sleng dans lesquels il a lu les noms de ses fr\u00e8res, et rep\u00e9r\u00e9 la ligne correspondant. Il a not\u00e9 pr\u00e9cieusement ces informations mais n&rsquo;a pas fait de copie du registre qui, en 1995, avait disparu. D&rsquo;autres documents lui ont heureusement permis de constituer son dossier de partie civile\u00a0: une photographie de Sinareth, authentifi\u00e9e comme provenant de S21, une biographie de sa femme Kim Sovannary, une biographie de Narith. Pas de trace de l&rsquo;enfant de Sinareth et Sovannary, un b\u00e9b\u00e9 \u00e2g\u00e9 probablement d&rsquo;un mois ou deux d&rsquo;apr\u00e8s les informations recoup\u00e9es par Chum Sirath.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Un orateur aguerri<\/strong><\/p>\n<p>A la barre, Chum Sirath, que le trac \u00e9treignait depuis plusieurs jours, captive son audience d\u00e8s les premiers mots. Pas un endormi \u00e0 l&rsquo;horizon. Les \u00e9tudiants venus de la province de Kandal sont envo\u00fbt\u00e9s. Tout est vivant, le geste, la parole, le regard. Il semble aussi \u00e0 l&rsquo;aise que dans une conversation amicale, ses mots sont p\u00e9dagogues, son attitude g\u00e9n\u00e9reuse, il partage son histoire. Il ne craint ni l&rsquo;accus\u00e9, ni les avocats, ni les magistrats. L&rsquo;ambiance est install\u00e9e, la s\u00e9duction op\u00e8re, Chum Sirath passe en douceur \u00e0 la deuxi\u00e8me phase de sa d\u00e9position.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Des sentiments ambivalents<\/strong><\/p>\n<p>Rendant hommage au tribunal qui permet aux parties civiles de s&rsquo;exprimer, il cite un \u00e0 un ses compagnons en leur adressant un regard complice. \u00ab\u00a0Toutes ces personnes ont parl\u00e9 de leur parcours pour rechercher la v\u00e9rit\u00e9. Toutes leurs histoires sont diff\u00e9rentes mais elles ont toutes un point commun, qui est celui du d\u00e9sespoir. Le d\u00e9sespoir&#8230; et ce sentiment de ne pas arriver \u00e0 comprendre ce qui s&rsquo;est pass\u00e9. Et le chagrin ainsi que la douleur qui ont accompagn\u00e9 pendant plus de trente ans et accompagnent encore ces personnes. Moi je me suis battu, je me bats chaque jour, constamment pour ne pas oublier cette souffrance, la mis\u00e8re qu&rsquo;on endur\u00e9 les membres de ma famille, mes fr\u00e8res, et les \u00eatres chers. En m\u00eame temps j&rsquo;essayais d&rsquo;oublier cela car j&rsquo;ai un devoir vis-\u00e0-vis des survivants, des personnes qui vivent avec moi, et je dirais que ces deux sentiments ambivalents sont en moi depuis plus de trente ans. Et je ne peux s\u00e9parer ces deux sentiments, en laisser un de c\u00f4t\u00e9 au privil\u00e8ge de l&rsquo;autre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Les mensonges de Duch<\/strong><\/p>\n<p>Tr\u00eave d&rsquo;\u00e9motion. L&rsquo;heure vient d&rsquo;attaquer l&rsquo;accus\u00e9 sur une base concr\u00e8te, le cas de ses fr\u00e8res. Il n&rsquo;est pas difficile \u00e0 Chum Sirath d&rsquo;\u00e9tablir des liens entre Duch et son fr\u00e8re Narith. Ils se connaissaient. La veille, pendant l&rsquo;audition de Sunthary Phung-Guth, l&rsquo;accus\u00e9 \u00e9voquait son admiration pour le professeur Khieu Komar qui l&rsquo;avait prot\u00e9g\u00e9 lui ainsi qu&rsquo;un autre \u00e9tudiant du nom de Chum Narith. Des \u00e9tudes ensemble, des rencontres dans le maquis, une g\u00e9ographie commune, les \u00e9l\u00e9ments ne manquent pas&#8230; Pourtant \u00ab\u00a0ce monsieur Kaing Guek Eav\u00a0\u00bb comme l&rsquo;appelle Chum Sirath, ne r\u00e9pond pas \u00e0 ses interrogations sur les circonstances de la mort de ses fr\u00e8res \u00e0 S21.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il connaissait mes fr\u00e8res mais \u00e0 partir du moment o\u00f9 il est entr\u00e9 \u00e0 S21, il ne connaissait plus personne, il s&rsquo;est content\u00e9 de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 ses documents, il n&rsquo;avait plus le temps de faire attention \u00e0 quoi que ce soit d&rsquo;autre que ses documents.\u00a0\u00bb Le public rit.<\/p>\n<p>Duch \u00e9bauche un sourire \u00e9nigmatique, et chausse son air satisfait tandis que Chum Sirath, fervent porte-parole des disparus, s&rsquo;anime sur son fauteuil et se tourne face \u00e0 lui. Duch pr\u00e9tend n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;un subordonn\u00e9. Que fait-il donc devant cette cour, interpelle-t-il. Pourquoi lui reprocher tant de crimes s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un subordonn\u00e9\u00a0? Le ton s&rsquo;affermit. \u00ab\u00a0Si la politique du PCK \u00e9tait d&rsquo;ex\u00e9cuter ces personnes, alors qu&rsquo;elle soit respect\u00e9e, qu&rsquo;on ex\u00e9cute les personnes \u00e0 ex\u00e9cuter\u00a0! Mais les torturer alors que, comme il l&rsquo;a dit, le contenu des aveux ne pouvait \u00eatre vrai\u00a0!\u00a0D&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;audition de\u00a0David Chandler,\u00a0d&rsquo;apr\u00e8s les annotations que Duch apportait sur ces aveux, \u00e7a ne l&#8217;emp\u00eachait pas de dormir. Est-ce qu&rsquo;il avait la faim coup\u00e9e par ses journ\u00e9es de travail\u00a0? Pas du tout\u00a0! Jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e de Vorn Vet \u00e0 S21 en 1978, il faisait tous les jours sa besogne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Alfred de Vigny \u00e0 contresens<\/strong><\/p>\n<p>Chum Sirath a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par la citation du po\u00e8me d&rsquo;Alfred de Vigny, le 6 avril 2009, que Duch utilise pour se comparer au loup qui meurt en silence. Il dit les vers du po\u00e8te fran\u00e7ais, g\u00e9n\u00e9rant une jubilation chez l&rsquo;accus\u00e9 dont les l\u00e8vres r\u00e9p\u00e8tent en m\u00eame temps ces quelques lignes.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0G\u00e9mir, pleurer, prier est \u00e9galement l\u00e2che.<br \/>\n Fait \u00e9nergiquement ta longue et lourde t\u00e2che<br \/>\n Dans la voie o\u00f9 le sort a voulu t&rsquo;appeler,<br \/>\n Puis apr\u00e8s, comme moi, souffre et meurs sans parler. \u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p>Mais Chum Sirath n&rsquo;est pas venu rendre hommage \u00e0 un accus\u00e9 cultiv\u00e9, il est venu lui dire combien il avait utilis\u00e9 ce po\u00e8me \u00e0 contresens. Duch n&rsquo;anticipe pas cet implacable coup de semonce. Pour le public, \u00e0 qui dans le fond il adresse sa d\u00e9position, Chum Sirath retrace la trame de ce po\u00e8me\u00a0: un groupe de chasseurs qui lancent une meute de chiens voraces \u00e0 la poursuite d&rsquo;un loup, de sa louve et de leurs deux petits. Le loup meurt en d\u00e9fendant les siens, en r\u00e9sistant aux chiens. \u00ab\u00a0Quelle est la morale de ce po\u00e8me\u00a0?\u00a0\u00bb interroge la partie civile pour qui Duch n&rsquo;est pas le loup h\u00e9ro\u00efque mais un des chiens de la meute. Le public saisit l&rsquo;allusion.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0L&rsquo;imposture\u00a0\u00bb de Duch<\/strong><\/p>\n<p>Sur une lanc\u00e9e \u00e9nergique, Chum Sirath d\u00e9monte ensuite la mise en sc\u00e8ne du 6 avril. Il note ironiquement l&rsquo;heure de la r\u00e9citation du po\u00e8me\u00a0: vers 16h30. Il en rappelle la dramaturgie\u00a0: deux \u00e0 trois minutes de silence \u00e0 la fin de la citation. \u00ab\u00a0On pouvait entendre une mouche voler\u00a0\u00bb, commente Chum Sirath. \u00ab\u00a0A la fin ma\u00eetre Roux a dit qu&rsquo;il n&rsquo;avait plus de questions \u00e0 poser \u00e0 l&rsquo;accus\u00e9\u00a0! Pendant ce silence de trois minutes, tout s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9. Peut-\u00eatre que les gens ont \u00e9prouv\u00e9 du chagrin pour cet accus\u00e9. C&rsquo;est une technique astucieuse qui \u00a0a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e devant cette Chambre. Peut-\u00eatre pourraient-ils faire un duo \u00e0 la Com\u00e9die fran\u00e7aise\u00a0! Si l&rsquo;accus\u00e9 se compare au loup du po\u00e8me <em>La mort du loup<\/em>, c&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle en fran\u00e7ais une imposture.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0De quelle bravoure parle-t-on\u00a0?\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Chum Sirath diss\u00e8que les intentions et les interventions de l&rsquo;accus\u00e9. Selon lui, Duch a cherch\u00e9 \u00e0 se pr\u00e9senter en tant qu&rsquo;\u00eatre sto\u00efque, c&rsquo;est-\u00e0-dire une personne essayant de travailler sans penser \u00e0 la duret\u00e9 de son existence. Voil\u00e0 encore l&rsquo;imposture. Sans argumenter, l&rsquo;entrepreneur sugg\u00e8re une forme de manipulation et charge. \u00ab\u00a0Son enseignante a \u00e9chou\u00e9 \u00e0 S21, il savait qu&rsquo;elle avait \u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 la torture, qu&rsquo;elle avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9shumanis\u00e9e, d\u00e9grad\u00e9e. Il n&rsquo;a pas lev\u00e9 le petit doigt pour lui porter secours. C&rsquo;est quoi cette forme de bravoure\u00a0?\u00a0Si des personnes \u00e9taient au combat ensemble, unies, alors il y aurait une forme de solidarit\u00e9 mais l\u00e0 il n&rsquo;a pas lev\u00e9 le petit doigt.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Chum Sirath mentionne avec \u00e0-propos que le garde de la prison sp\u00e9ciale Saom Meth avait \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 par Him Huy \u00e0 S24 en ayant pour consigne de garder sous silence le lien avec son fr\u00e8re arr\u00eat\u00e9 \u00e0 S21, ce qui l&rsquo;avait sauv\u00e9. Chum Sirath s&rsquo;en donne \u00e0 c\u0153ur joie. Il tire \u00e0 vue ses mots, ses critiques, ses d\u00e9saccords.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Les victimes ne furent pas des l\u00e2ches<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;avocate de la d\u00e9fense Marie-Paule Canizares intervient finalement, au nom de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et de la dignit\u00e9 des d\u00e9bats et demande que la partie civile recentre sa d\u00e9position. Silke Studzinsky monte au cr\u00e9neau\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qu&rsquo;\u00e9taye mon client fait partie d&rsquo;un processus de gestion de la souffrance\u00a0\u00bb. Le pr\u00e9sident Nil Nonn donne droit \u00e0 la d\u00e9fense, \u00e7a lui prend quatre minutes chrono en main de r\u00e9p\u00e9ter que l&rsquo;objectif est la justice, pas la vengeance ni les insultes. Une \u00e9ternit\u00e9\u00a0! Chum Sirath finit par lever la main pour lui signaler qu&rsquo;il a compris le message.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je comprends, vous dirigez les d\u00e9bats selon les normes internationales. Je comprends tout \u00e0 fait cela. L&rsquo;accus\u00e9 n&rsquo;est pas encore inculp\u00e9, le jugement n&rsquo;a pas encore \u00e9t\u00e9 rendu par la Chambre. Cependant nous sommes les victimes. Nous ne pouvons accepter que l&rsquo;accus\u00e9 dise devant cette Chambre que les larmes, le deuil sont des actes l\u00e2ches. 16\u00a0000 personnes ont trouv\u00e9 la mort \u00e0 Toul Sleng. Bien \u00e9videmment ces personnes ont g\u00e9mi, pleur\u00e9, cri\u00e9. Peut-on dire que ces personnes \u00e9taient des l\u00e2ches\u00a0? Devant cette Chambre, lorsque [l&rsquo;accus\u00e9] parle de ses actes, c&rsquo;est juste un imposteur, c&rsquo;est tout ce qu&rsquo;il est\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Chum Sirath vient de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la <em>Mort du loup<\/em> et au vers \u00ab\u00a0G\u00e9mir, pleurer prier est \u00e9galement l\u00e2che\u00a0\u00bb mais la traduction en fran\u00e7ais est tr\u00e8s confuse. Marie-Paule Canizares r\u00e9fute que l&rsquo;accus\u00e9 est jamais employ\u00e9 le mot \u00ab\u00a0couard\u00a0\u00bb [qui aurait d\u00fb \u00eatre traduit par \u00ab\u00a0l\u00e2che\u00a0\u00bb comme dans le po\u00e8me]. Le pr\u00e9sident s&#8217;empresse alors de recadrer tout ce petit monde.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Victor Hugo contre Duch<\/strong><\/p>\n<p>Chum Sirath se plie aux consignes en acquies\u00e7ant mais il ne manque pas de suite dans les id\u00e9es. Il n&rsquo;a rien \u00e0 perdre. Il revient sur le terrain intellectuel par une autre porte\u00a0: la conversion au christianisme de Duch. Toujours pour mettre ses propos \u00e0 la port\u00e9e de tous, il raconte comment ce personnage de la Bible, Ca\u00efn, fils d&rsquo;Adam et Eve, a tu\u00e9 son fr\u00e8re par jalousie. Dans la <em>L\u00e9gende des si\u00e8cles<\/em>, Victor Hugo a fait de cette histoire un po\u00e8me intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La Conscience\u00a0\u00bb. Il y d\u00e9crit Ca\u00efn poursuivi, o\u00f9 qu&rsquo;il aille, par l&rsquo;\u0153il de son fr\u00e8re, l&rsquo; \u0153il de la conscience. Ca\u00efn demande finalement \u00e0 \u00eatre enterr\u00e9 pour \u00e9chapper \u00e0 cet \u0153il. Chum Sirath, homme au verbe ardent, r\u00e9cite en fran\u00e7ais avant de traduire en khmer\u00a0:<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0[Quand il se fut assis sur sa chaise dans l&rsquo;ombre]<br \/>\n Et qu&rsquo;on eut sur son front ferm\u00e9 le souterrain,<br \/>\n L&rsquo;\u0153il \u00e9tait dans la tombe et regardait Ca\u00efn.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p>Puis il calcule\u00a0: 16\u00a0000 personnes sont mortes \u00e0 S21, si l&rsquo;on multiplie par deux, Duch est observ\u00e9 par 32\u00a0000 yeux. Ou plut\u00f4t 32\u00a0000 fois un \u0153il. Duch, fort opportun\u00e9ment converti au christianisme, demande pardon. Peut-\u00eatre \u00e9chappera-t-il au ch\u00e2timent dans l&rsquo;au-del\u00e0, convient Chum Sirath, mais en attendant la mort&#8230; \u00ab\u00a0Ici il y a 32\u00a0000 yeux qui suivent l&rsquo;accus\u00e9 et je me demande comment l&rsquo;accus\u00e9 pourra jamais se cacher.\u00a0\u00bb L&rsquo;image est forte, Duch encaisse.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;appel \u00e0 t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s une pause de vingt minutes, l&rsquo;audience reprend. Les photographies des fr\u00e8res de Chum Sirath d\u00e9filent. Puis la biographie de Kim Sovannary avec une photo d&rsquo;identit\u00e9 de la jeune femme, est affich\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran. Chum Sirath en profite pour lancer un appel \u00ab\u00a0\u00e0 quiconque conna\u00eetrait Kim Sovannary\u00a0\u00bb, la femme de son fr\u00e8re Chum Narith. Il peut \u00eatre contact\u00e9 par l&rsquo;interm\u00e9diaire de l&rsquo;unit\u00e9 des victimes du tribunal. A l&rsquo;heure o\u00f9 il lance cette bouteille \u00e0 la mer, il ne sait pas que dans un village de Preah Vihear, un homme regarde CTN, une des principales cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision cambodgiennes qui retransmet en direct les audiences du proc\u00e8s. Cet homme, Kin Savy, est le mari de la s\u0153ur de Kim Sovannary. Il d\u00e9croche son t\u00e9l\u00e9phone. Une heure et demie plus tard, la nouvelle parvient \u00e0 Chum Sirath qui vit au milieu des autres parties civiles sa plus belle victoire.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Il prie pour lui-m\u00eame. Le jour de son propre anniversaire\u00a0\u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Les premi\u00e8res excuses de l&rsquo;accus\u00e9, au d\u00e9but de proc\u00e8s, sonnaient aux oreilles de Chum Sirath comme une belle promesse. \u00ab\u00a0Je voulais le croire. Mais plus j&rsquo;ai particip\u00e9 \u00e0 la proc\u00e9dure, plus ce sentiment s&rsquo;est amenuis\u00e9. Je crois que ses excuses ne sont pas v\u00e9ritables.\u00a0\u00bb L&rsquo;argumentation de Chum Sirath ne tarde pas, transcript d&rsquo;audience \u00e0 l&rsquo;appui. Le voil\u00e0 qui cite la d\u00e9claration de l&rsquo;accus\u00e9 en date du 31 mars 2009, un accus\u00e9 en proie au remords qui prie pour demander pardon, chaque ann\u00e9e, le 17 novembre, date de sa naissance. \u00ab\u00a0Celui-ci dit prier, commente Chum Sirath. Mais pas pour les \u00e2mes des victimes afin qu&rsquo;elles reposent en paix\u00a0! Il prie pour lui-m\u00eame. Le jour de son propre anniversaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ramenant le fil de ses propos \u00e0 son dossier, Chum Sirath consid\u00e8re la fourberie de Duch\u00a0: \u00ab\u00a0Mes fr\u00e8res, l&rsquo;accus\u00e9 les connaissait bien. Il m&rsquo;a \u00e9crit une lettre que j&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s heureux de recevoir mais il affirme ne pas les avoir vus et que m\u00eame s&rsquo;il les avait vus, il n&rsquo;aurait pas pu les aider.\u00a0\u00bb Pour creuser, il invite alors les juges \u00e0 se pencher sur le profil psychologique r\u00e9alis\u00e9 par Fran\u00e7oise Sironi, docteur en psychologie clinique et psychopathologie. Le juge Jean-Marc Lavergne l&#8217;emp\u00eache de poursuivre car l&rsquo;experte doit \u00eatre prochainement entendue par la cour.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;impossible pardon<\/strong><\/p>\n<p>Chum Sirath ne se d\u00e9monte pas, il fixe Duch. \u00ab\u00a0Au nom de mes fr\u00e8res d\u00e9funts Chum Sinareth, Chum Narith, au nom de Kim Sovannary et au nom de mon neveu, je voudrais d\u00e9clarer devant la Chambre que je ne peux accepter ces demandes de pardon qui ne sont pas sinc\u00e8res. Je suis ici pour demander justice. Et justice veut dire v\u00e9rit\u00e9. Cela fait 34 ans que j&rsquo;attends la justice.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Une recherche permanente d&rsquo;infos<\/strong><\/p>\n<p>Le temps se suspend un instant puis le co-procureur Vincent de Wilde encha\u00eene. Avec ses questions sur la mani\u00e8re dont la partie civile a trouv\u00e9 des informations et des documents sur ses fr\u00e8res, le co-procureur donne tout d&rsquo;abord l&rsquo;impression \u00e9trange d&rsquo;un d\u00e9butant ne sachant pas trop comment s&rsquo;y prendre avec l&rsquo;enqu\u00eate qu&rsquo;on vient de lui imposer. Cette sensation de d\u00e9calage incongru est exacerb\u00e9e par le d\u00e9litement de l&rsquo;accusation depuis des semaines. Il est int\u00e9ressant de noter dans la r\u00e9ponse de Chum Sirath comment ce-dernier a mis \u00e0 profit chacune de ses rencontres pour cumuler des indices sur ses fr\u00e8res. Ainsi Pech Lim Khuon, pilote khmer rouge qui a fui en Tha\u00eflande en 1978 en volant un h\u00e9licopt\u00e8re, lui a-t-il appris \u00e0 Oslo que Narith travaillait \u00e0 Phnom Penh en 1975.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Les motifs des arrestations<\/strong><\/p>\n<p>Les questions du procureur m\u00e8nent \u00e9galement Chum Sirath \u00e0 interpr\u00e9ter les raisons pour lesquelles ses proches ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s. Sinareth aurait \u00e9t\u00e9 conduit \u00e0 S21 parce qu&rsquo;il \u00e9tait le fr\u00e8re de Narith et Kim Sovannary parce qu&rsquo;elle \u00e9tait sa femme. Pour lui, cela ne fait pas le moindre doute. Au moment d\u00e9di\u00e9 \u00e0 ses commentaires, Duch \u00e9labore une autre hypoth\u00e8se. Chum Narith et Chum Sinareth n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s du fait de leur lien familial mais pour des raisons diff\u00e9rentes. La d\u00e9fense rappelle avec maladresse aux magistrats que Duch a produit des commentaires \u00e9crits sur la famille de Chum Sirath. Cette intervention agace l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 qui n&rsquo;a jamais obtenu aucune r\u00e9ponse \u00e0 ses questions sur les circonstances de la mort de ses fr\u00e8res. Il d\u00e9cr\u00e8te ce document \u00ab\u00a0inutile\u00a0\u00bb de mani\u00e8re cinglante.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>Duch se f\u00e2che<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;accus\u00e9 prend finalement la parole. Il d\u00e9crit les \u00ab\u00a0nombreux amis\u00a0\u00bb pass\u00e9s par S21 dont il s&rsquo;est \u00e9loign\u00e9 pour ne pas se retrouver face \u00e0 un dilemme. Chum Narith faisait partie de ces soi-disant \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb dont Duch ne voulait pas voir le visage. Narith avait eu la mauvaise id\u00e9e de choisir le camp de ceux qui n&rsquo;ont pas la langue dans leur poche. \u00ab\u00a0Lorsque vous parlez des 32\u00a0000 yeux, je prends conscience de cette question\u00a0\u00bb, confie Duch en d\u00e9clarant accepter d&rsquo;\u00eatre point\u00e9 du doigt par les parties civiles et ne pas s&rsquo;opposer \u00e0 la punition qu&rsquo;il m\u00e9rite. \u00ab\u00a0Je ne conteste pas, je suis tout \u00e0 fait sinc\u00e8re, je suis honn\u00eate, j&rsquo;ai ce sentiment de compassion et de remords pour ces \u00e2mes perdues.\u00a0\u00bb L&rsquo;accus\u00e9 n&rsquo;a cependant pas appr\u00e9ci\u00e9 d&rsquo;\u00eatre point\u00e9 du doigt. C&rsquo;est du moins ce qu&rsquo;estime Chum Sirath a posteriori. \u00ab\u00a0Quand on dit en khmer\u00a0: &lsquo;Vous pouvez me pointer du doigt, je ne me f\u00e2che pas&rsquo;, c&rsquo;est qu&rsquo;on se f\u00e2che\u00a0!\u00a0\u00bb Duch, pass\u00e9 ma\u00eetre en rh\u00e9torique et en dramaturgie, prononce bien entendu ces mots avec un calme olympien. C&rsquo;est du grand art.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;incident, le bec clou\u00e9, le retour au calme<\/strong><\/p>\n<p>Il annonce alors ses quelques observations sur les faits historiques. \u00ab\u00a0Vous avez dit que Pech Lim Khuon est all\u00e9 en zone rurale avec votre fr\u00e8re&#8230;\u00a0\u00bb Chum Sirath l&rsquo;interrompt vivement\u00a0: \u00ab\u00a0Non\u00a0! Je n&rsquo;ai pas dit \u00e7a\u00a0!\u00a0\u00bb Chum Sirath refuse vigoureusement que Duch d\u00e9forme ses propos. Panique \u00e0 bord. Audience hors contr\u00f4le. Le pr\u00e9sident a alors une r\u00e9action hallucinante qui r\u00e9volte le public\u00a0: il cl\u00f4t l&rsquo;intervention de Duch. \u00ab\u00a0Nous ne voulons pas en entendre plus. Je pense que vous devez arr\u00eater.\u00a0\u00bb L&rsquo;audience n&rsquo;en revient pas. Nil Nonn cong\u00e9die fermement Chum Sirath. Il fait entrer la partie civile suivante, Chum Neou. L&rsquo;avocate Marie-Paule Canizares r\u00e9clame que l&rsquo;accus\u00e9 finisse ses observations. Le pr\u00e9sident r\u00e9torque qu&rsquo;il faut alors s&rsquo;en tenir aux faits pertinents relatifs \u00e0 S21. Duch termine ses commentaires alors que dans toutes les t\u00eates reste grav\u00e9 l&rsquo;incident.<\/p>\n<p><br class=\"spacer_\" \/><\/p>\n<p>L&rsquo;audience de Chum Sirath n&rsquo;aura d\u00e9cid\u00e9ment manqu\u00e9 ni de piquant, ni de rebondissements. Les \u00e9tudiants de Kandal sortent du tribunal admiratifs de cet entrepreneur qui parle si bien. Les habitu\u00e9s, impressionn\u00e9s qu&rsquo;il ait \u00e9branl\u00e9 l&rsquo;accus\u00e9, plaisantent en sugg\u00e9rant que les co-procureurs prennent des cours particuliers.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;\u00e9tait jeudi 20 ao\u00fbt. Une date cl\u00e9. La d\u00e9position de Chum Sirath dont deux fr\u00e8res (Narith et Sinareth), une belle-s\u0153ur et un neveu ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 S21, a fait l\u2019effet d\u2019une pouss\u00e9e d\u2019adr\u00e9naline. Dans sa d\u00e9position, il a choisi pudiquement de taire la douleur et de d\u00e9fier Duch sur le terrain intellectuel. Chum Sirath, qui a l\u2019aisance et le talent d\u2019un tribun populaire, a entrepris de d\u00e9monter certaines lignes de d\u00e9fense en gagnant le public \u00e0 sa cause. 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