Procès des Khmers Rouges Kampot by Cleho
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dimanche 23 août 2015

La projection vendredi à Phnom Penh du film The Killing Fields of Dr Haing S. Ngor a bouleversé de nombreux Cambodgiens, émus par les épreuves qu’il a traversé, impressionnés par son charisme et par cette façon calme et ferme qu’il avait de vous plonger dans l’histoire tragique du Cambodge.

 

L'évacuation de Phnom Penh, telle que racontée par Haing Ngor, est illustrée par Yori Mochizuchi. (PROD)

L’évacuation de Phnom Penh, telle que racontée par Haing Ngor, est illustrée par Yori Mochizuchi. (PROD)

Le réalisateur américain Arthur Dong est venu présenter son documentaire The Killing Fields of Dr Haing S. Ngor à Phnom Penh, devant une salle comble, au cinéma Major Cineplex. Le film retrace en images d’archives, en animation et à travers des entretiens, le parcours stupéfiant de Haing Ngor, jeune chirurgien et gynécologue cambodgien, survivant du régime des Khmers rouges, connu pour avoir interprété le rôle de Dith Pran dans La déchirure (Killing Fields dans son titre original) de Roland Joffé. Ce film-choc a mis en 1984 un gros coup de projecteur sur le Cambodge des Khmers rouges. Haing Ngor est aussi célèbre parce qu’il a reçu, pour ce tournage, l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle. Son livre Une odyssée cambodgienne, récit de sa vie sous les Khmers rouges, raconté avec l’aide de Roger Warner, reste également un des témoignages les plus forts sur cette période tragique.

 

L’acteur assassiné

Au pays, les Cambodgiens se souviennent également que leur star de Hollywood a été tuée la nuit du 25 février 1996 dans une rue de Chinatown à Los Angeles. En dépit de l’arrestation et de la condamnation en 1998 de trois membres d’un gang de rue, ils continuent de s’interroger sur les raisons de ce meurtre. Ne s’agirait-il pas d’un assassinat politique ? Sans prendre position, le documentaire énonce les différentes versions des faits et intègre notamment la vidéo d’une audience du procès 001 aux CETC (en novembre 2009) dans laquelle Duch déclare que Haing Ngor aurait été assassiné sur ordre de Pol Pot. Ces images ont troublé certaines personnes dans le public : elles concluent en effet ce chapitre sur les interprétations de la mort de Haing Ngor, certains ont pensé que le réalisateur croyait davantage à cette version. Dans les questions qui ont suivi la projection puis ensuite en aparté, Arthur Dong a insisté sur le fait qu’aucune version n’avait sa faveur. « Je ne sais pas ce qui s’est passé. Moi-même je passe sans cesse d’une version à une autre. Je souhaitais laisser le public se faire sa propre idée. »

Le Dr Haing Ngor en campagne contre le soutien américain aux Khmers rouges. (DR)

Le Dr Haing Ngor en campagne contre le soutien américain aux Khmers rouges. (DR)

Son combat contre les Khmers rouges

Ce que le public cambodgien a découvert dans ce documentaire, c’est d’abord la continuité d’une histoire : des années heureuses quand il vivait confortablement à Phnom Penh auprès de Huoy, son amoureuse (On rit quand on l’entend dire qu’il avait deux Mercédès, une pour lui et une pour elle), aux descriptions insoutenables des tortures subies ; de la mort de sa femme enceinte de sept mois qu’il ne peut secourir sous peine d’exécution par les Khmers rouges au miracle de sa survie ; de l’arrivée dans un camp de réfugiés à son parcours hors du commun aux Etats-Unis. Ce dont le public prend aussi conscience au fil du montage, c’est surtout la personnalité exceptionnelle de Haing Ngor, son charisme et son engagement implacable contre les Khmers rouges, y compris en attaquant la politique américaine de soutien à Pol Pot. Et pour dire ce qu’il pense, pour dire qui sont les Khmers rouges, Haing Ngor va droit au but. Il impressionne. Devant le congrès américain il déclare au côté de Dith Pran : « La guerre est finie mais la bataille continue. » Rien ne doit permettre le retour au pouvoir des Khmers rouges. Il réclame justice sans relâche. Et en attendant qu’un procès se tienne, il apporte son aide dans les camps de réfugiés, ouvre un orphelinat à Phnom Penh, une école dans son village natal.

Haing Ngor dans le rôle de Dith Pran dans La déchirure de Roland Joffé. (Warner Brothers)

Haing Ngor dans le rôle de Dith Pran dans La déchirure de Roland Joffé. (Warner Brothers)

La figure du héros

En sortant de la projection, une jeune femme, les yeux rougis, dit son admiration pour Haing Ngor, pour sa force. « Il me fait penser à ce qu’on raconte quand un os est cassé, soit la cassure reste fragile, soit l’os se ressoude d’une manière plus solide encore. Pour moi c’est ça Haing Ngor : quelqu’un qui est sorti encore plus fort des épreuves qu’il a traversées. Quand il raconte ce qu’il a vécu, il le dit avec une telle puissance, un tel calme. S’il y avait un DVD de ce film, je l’offrirais à chacun des membres de ma famille. » Une autre Cambodgienne est dans le même état. « J’ai beaucoup travaillé sur l’histoire des Khmers rouges, j’ai visionné des archives qui me mettent toujours dans un état second. Là, j’ai pleuré du début à la fin du film. » Un trentenaire répète en boucle qu’il voudrait que ses enfants et ses petits-enfants voient ce film, qu’il soit en accès public au Cambodge afin que les Khmers rouges ne passent pas aux oubliettes de l’histoire. « Haing Ngor c’est un héros ! C’est notre héros. Il faudrait que tout le monde ici connaisse son histoire. »

 

Il critique la politique américaine

Dans les projections qui ont eu lieu au Etats-Unis, les Américains (même ceux qui avaient vu La déchirure) ont été surpris par l’histoire. Ils ont appris le rôle des Etats-Unis dans la sinistre chronologie qui conduit les Khmers rouges à garder leur siège aux Nations unies jusqu’au début des années 1990. De la même manière qu’Arthur Dong l’avait lui-même expérimenté, ils ont été interpellés par la personnalité et les mots de Haing Ngor, redoutablement efficaces pour vous plonger dans la réalité du Kampuchea démocratique et ses conséquences à long terme.

Mars 1985. Pour son premier rôle au cinéma, Haing Ngor reçoit l'Oscar du meilleur second rôle masculin. Il arrive ici accompagné de sa nièce. (PROD)

Mars 1985. Pour son premier rôle au cinéma, Haing Ngor reçoit l’Oscar du meilleur second rôle masculin. Il arrive ici accompagné de sa nièce. (PROD)

Des images d’archives à l’animation

Dans sa forme, ce documentaire de 87 min s’organise autour d’un récit chronologique. Il mêle des images d’archives, des photographies (dont certaines, célèbres, de Roland Neveu), des animations dans un style qui rappelle Valse avec Bachir et qui raconte le quotidien de Haing Ngor sous les Khmers rouges, des films de propagande khmère rouge (oppressants, saisissants), des anecdotes de la nièce Sophia et de l’ami Jack Ong sortant de plusieurs cartons les objets fétiches du médecin-acteur-militant anti-Khmers rouges, des extraits de La déchirure, les remerciements qu’il formule en remportant son Oscar, des entretiens avec des journalistes ainsi que des interventions publiques. Par moments la voix de Wayne Ngor, le neveu, lit des extraits de l’autobiographie de son oncle.

La vie du Dr Haing Somnang Ngor était le parcours exceptionnel dont Arthur Dong avait besoin pour rendre compte de la violence du Kampuchea démocratique, qu’il considère comme « un des épisodes les plus brutaux de l’histoire moderne en terme d’abus de pouvoir ».

7 Commentaires sur "Le public cambodgien ému par un documentaire sur le docteur Haing S. Ngor"

  1. Sarah dit :

    Merci pour cet article ! Sait-on si un DVD va sortir ?

  2. alporee dit :

    Le film va circuler dans un premier temps dans des festivals. Je ne sais pas quand sortira le DVD mais je posterai l’information quand il sera disponible.

  3. We are proud to welcome a screening tonight in Phare Ponleu Selpak in Battambang and hope there will be a lot of people coming to understand the History of Kampuchea. Tuesday 25/08 at 6.30.

  4. Bonjour

    Avant de lire cet article, j’étais déjà dubitatif sur le sens de la démarche du réalisateur M.Arthur DONG : après l’avoir lu , je le suis encore plus !! Et je m’explique

    primo : passage relevé dans l’article de Mme A-L POREE : je le recite :

    [ L’acteur assassiné

    Au pays, les Cambodgiens se souviennent également que leur star de Hollywood a été tuée la nuit du 25 février 1996 dans une rue de Chinatown à Los Angeles.
    En dépit de l’arrestation et de la condamnation en 1998 de trois membres d’un gang de rue, ils continuent de s’interroger sur les raisons de ce meurtre.
    Ne s’agirait-il pas d’un assassinat politique ?
    Sans prendre position, le documentaire énonce les différentes versions des faits et intègre notamment la vidéo d’une audience du procès 001 aux CETC (en novembre 2009) dans laquelle Duch déclare que Haing Ngor aurait été assassiné sur ordre de Pol Pot.
    Ces images ont troublé certaines personnes dans le public : elles concluent en effet ce chapitre sur les interprétations de la mort de Haing Ngor, certains ont pensé que le réalisateur croyait davantage à cette version.
    Dans les questions qui ont suivi la projection puis ensuite en aparté, Arthur Dong a insisté sur le fait qu’aucune version n’avait sa faveur.
    « Je ne sais pas ce qui s’est passé.
    Moi-même je passe sans cesse d’une version à une autre.
    Je souhaitais laisser le public se faire sa propre idée. »]

    – Secundo : mes commentaires

    Je trouve que « le procédé » n’est pas très honnête de la part de ce Monsieur DONG » : « citer DUCH comme témoin  » faut le faire !!!!
    * d’une part, selon moi, DUCH est avant tout un « menteur », « un affabulateur » et surtout un « bourreau minable »
    A titre personnel, je n’ai toujours pas digéré la scène finale de « DUCH communiant dans sa prison », filmée par RITHY Panh dans « le maitre des forges de l’enfer »
    (Je considère en effet que c’est se moquer très gravement de la mémoire des victimes innocentes de S-21-dont des enfants et des bébés)

    – d’autre part, on ne va pas recommencer à nous faire le coup du « Complot du 11 septembre 2001 », surtout par un réalisateur Américain parlant des KR !! Certains Américains aiment : c’est leur problème, surtout si c’est pour « faire du fric « 

  5. Claudine Pierre dit :

    J’approuve les trois premiers commentaires. En revanche, je n’approuve pas le quatrième. Visiblement, il vole bien bas. Son auteur n’a rien compris au contenu du documentaire d’Arthur Dong, parce qu’il ne l’a pas vu, ni au film de Rithy Panh. Ceux qui ont vu le documentaire d’Arthur Dong l’ont apprécié. Quand aux Cambodgiens, leur émotion est compréhensible. Ce sont les mots de robindesbois qui sont siderants de bêtise et d’inculture. Avant de critiquer et de porter un jugement à l’emporte-pièces, robindesbois devrait regarder ce documentaire en streaming et s’acheter le DVD si, d’aventure, ce documentaire est édité en DVD. Pour ma part, j’ai lu l’article, j’ai visionné la bande-annonce et je peux dire que jevsuis impatiente de le regarder. Et je le regarderai avec plaisir si une chaîne de télé le diffuse, ou s’il sort en salle ou s’il est édité en DVD.
    Pour finir, je dirai ceci : c’est un hommage qu’Arthur Dong rend au Dr Haing S.Ngor. Cette année, ce sera le 20eme anniversaire de sa disparition.

  6. Tourlade dit :

    Ayant beaucoup d’admiration pour Haing S. Ngor je serai très intéressée par le film. Je me suis souvent interrogée sur cet assassinat d’une personne ayant surmonté des épreuves insoutenables. Je n’ai aucune réponse et suis impatiente de voir ce film…

  7. Yasmine Sartre dit :

    Bonjour,

    Je suis simplement une lectrice de l »odyssée combodgienne du Dr Haing Samnang Ngor. J’ai terminé cette lecture la semaine dernière. J’ai beaucoup aimé. Il y a plusieurs passages où j’ai pleuré. Je trouve la relation avec son épouse très bien racontée. Sa mort est magnifique et très émouvante. C’est vraiment dommage qu’il soit mort.

    J’ai revu la Déchirure, hier.

    Cordialement,
    Yasmine Sartre.

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