Procès des Khmers Rouges Kampot by Cleho
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mardi 30 juin 2009

Le bureau des co-procureurs, qui a bien du mal à mener l’accusation, s’est lancé dans une nouvelle démonstration en images. A force de ne pas se poser de questions d’éthique ni même de principe, les co-procureurs risquent bien de décrédibiliser définitivement leur travail.

En ce mardi 30 juin 2009, ils ont présenté une photographie d’un détenu assis dans une cellule collective. Montrant cette photo, recadrée pour l’occasion, William Smith demande au témoin si elle reflète ses conditions de détention. Chum Mey répond confusément tant il est perturbé de voir cet homme assis au milieu d’autres détenus alors qu’un prisonnier n’avait jamais le droit de prendre une telle liberté à S21. Sur cette image coupée, loin du format original, on voit à peine le numéro que porte le prisonnier. Pourquoi ne pas avoir respecté l’original de cette archive de S21 ? Y a-t-il un problème technique qui déforme l’image comme cela s’est déjà produit avec la photo d’archive de Duch projetée à l’écran pendant une heure au début du mois de juin ? Devant une photographie non recadrée Chum Mey aurait probablement mieux identifié le document et répondu de façon plus complète à ce que William Smith lui demandait.

Comme d’habitude, les co-procureurs sourcent l’image à la va-vite et s’abstiennent de donner un contexte. Par exemple, pourquoi cette photo d’identité d’un prisonnier de S21 a-t-elle été prise dans une cellule collective ? En fait, quand beaucoup de détenus arrivaient à S21 en même temps ou quand ils entraient trop tard (en pleine nuit), les photographes réalisaient les photos d’identité à un autre moment, par exemple le lendemain de leur arrivée.

Deuxième erreur du jour : la projection d’un extrait de film en noir et blanc dans lequel un homme habillé en gardien khmer rouge marche parmi des détenus allongés sur le sol, alignés, entravés par les pieds. D’emblée, ces prisonniers semblent trop peu maigres pour être de vrais détenus de Tuol Sleng. Le réalisateur du documentaire S21 la machine de mort khmère rouge, Rithy Panh, bondit sur son siège : « Qu’est-ce que c’est que ce film ! On ne peut pas montrer une fiction, et aussi médiocre, au tribunal ! » Il quitte la salle. Une fois son calme retrouvé, il confie : « Comment ce tribunal peut-il prétendre à la pédagogie avec un tel manquement à l’éthique ? »

De fait, après la projection de cette très courte séquence (de la seconde 35 à la seconde 59!), William Smith annonce qu’il ne s’agit pas d’image datant de 1978 mais d’une « reconstitution sur la base de témoignages connus ». Autant dire une fiction. Imaginons. Et pourquoi pas une sous-Liste de Schindler au tribunal de Nuremberg pour montrer comment étaient traités les juifs ? A quoi sert ce film ? Est-ce qu’on comprend mieux parce qu’on voit ? Et pourquoi pas un bon petit film d’horreur avec une séquence arrachage d’ongles pour être mieux informé sur cette méthode de torture ?

Les co-procureurs manipulent l’audience en ne contextualisant pas les images montrées. Ils utilisent des éléments qui n’ont pas la moindre valeur juridique de preuve et qui n’apportent strictement rien au procès. Ces images n’ont aucune légitimité dans ce prétoire. Elles ont aussi un effet pervers : elles dévalorisent le témoignage des survivants.

Cerise sur le gâteau : les co-procureurs osent présenter une photographie de Chum Mey, assis dans sa cellule, comme au temps du régime du Kampuchéa démocratique. Il est cadré en vue plongeante avec au premier plan un uniforme policier qui fait référence à la reconstitution de février 2008. L’hebdomadaire Paris-Match avait réalisé un reportage sur Bou Meng, autre survivant de S21, en s’y prenant de la même manière, en lui demandant de réintégrer son ancienne cellule, en sachant qu’il s’effondrerait en larmes dedans et en photographiant l’émotion ressurgie.

Les co-procureurs mènent un « procès-Paris Match » mais ils n’assurent ni le poids des mots ni le choc des photos.

Et personne ne proteste.

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